Bégayer à l’école : mon expérience au congrès de la Canadian Stuttering Association

Le 28 octobre 2017, j’ai eu le privilège de participer au congrès de la Canadian Stuttering Association (CSA), qui s’est déroulé à Toronto. J’y animais un atelier qui portait sur le bégaiement en contexte scolaire. C’était une occasion pour les étudiants, mais aussi les parents et les anciens étudiants, d’échanger sur les enjeux, les difficultés, mais aussi les réussites vécues à l’école par les personnes qui bégaient.

Malgré un nombre de participants restreint, les échanges suscités dans le cadre de cet atelier ont été plus qu’enrichissants. Avec l’accord unanime des participants, je vous résume les principaux points qui ont été abordés et certains constats.

  • Nous avons effectué un remue-méninges (brainstorming) sur ce qu’évoquait le bégaiement en contexte scolaire. Bien que les participants présents sont actuellement aux études supérieures (cégep ou université) ou en sont diplômés, ils ont été spontanément davantage portés à parler de leur expérience au niveau primaire et secondaire, plutôt que des études supérieures.
  • Ce constat fait, j’ai posé la question au groupe à savoir si le bégaiement est plus difficile à vivre au secondaire plutôt qu’aux autres niveaux. Peut-être est-ce seulement le passage à l’adolescence qui est plus difficile plutôt que le niveau scolaire proprement dit? Mais ceci est un autre débat. Toutefois, selon l’expérience générale, les études supérieures semblent être plus ouvertes à accueillir des étudiants qui bégaient. Par contre, les contraintes sont encore présentes. L’obtention d’une preuve médicale (un diagnostic) semble un préalable à l’obtention de certains services ou accommodements. Certains ont de la difficulté à obtenir ce type de preuve, en raison de nombreuses contraintes financières, géographiques ou d’autre nature. D’autres ne sont pas suivis en orthophonie, puisqu’il s’agit avant tout d’un choix personnel.
  • Une communication ouverte et franche avec les enseignants, mais aussi le dévoilement du bégaiement, semblent être des facilitateurs dans le cheminement scolaire de certains élèves. Les participants ont mentionné la pertinence de présenter son bégaiement à ses enseignants et au personnel impliqué dans le parcours scolaire. Cependant, je pense que l’élève doit avoir un certain degré de « maturité émotionnelle », avoir les connaissances requises sur le bégaiement, avoir accès à des ressources de soutien extérieur (ex. : un orthophoniste, un groupe de soutien tel que l’Association des bègues du Canada, la famille, etc.) et surtout, se sentir prêt mentalement avant de franchir cette étape. Décider d’aborder le sujet du bégaiement avec le personnel scolaire devrait être une démarche faite pour soi-même. Je parle par expérience personnelle : si l’élève qui bégaie n’a aucun « modèle bègue » dans son entourage, s’il ne connaît aucune personne qui bégaie à son école, ou qui a entrepris ou réussi des études secondaires, collégiales ou universitaires, il peut être très difficile, voire intimidant, de se projeter lui-même dans le système scolaire en tant que personne qui bégaie, ou d’aborder le sujet du bégaiement à l’école, avec les pairs ou les enseignants.
  • J’ai l’impression que de nombreuses personnes qui bégaient gardent des souvenirs difficiles de leur passage à l’école. Toutefois, rien n’est perdu, puisque de très nombreuses personnes qui bégaient que je côtoie dans le cadre de mon implication dans la communauté du bégaiement ont poursuivi des études collégiales ou universitaires ou ont obtenu des diplômes.
  • Finalement, l’animation de cet atelier m’a simplement confirmé la pertinence de continuer à parler du bégaiement en contexte scolaire, puisqu’il s’agit d’un sujet encore trop peu abordé dans le milieu du bégaiement, surtout chez les adultes. Aussi, je pense que plus les personnes qui bégaient souhaiteront entreprendre des études, plus les établissements scolaires devront s’adapter à cette réalité.
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Bégayer à l’école : mon expérience au congrès de la Canadian Stuttering Association

Texas, générations et avenir

Je reviens du Texas, où se déroulait le plus récent congrès de la National Stuttering Association (NSA).

Pendant et après le voyage, j’ai eu des échanges intergénérationnels vraiment intéressants. Les perceptions du bégaiement à travers les âges,  je trouve ça fascinant.

Les deux premiers jours ont été difficiles. J’ai fait des choix d’ateliers qui finalement, ne correspondaient pas à ce que je recherchais, ou à ce que j’avais envie d’entendre.  Je trouvais ça lourd et j’avais l’impression de ne pas profiter suffisamment du moment présent. Désirant me plonger dans une ambiance différente, j’ai opté pour une solution drastique : me faufiler discrètement dans un atelier destiné… aux enfants.

Mais qu’est-ce que j’allais faire là-bas? Je n’ai pas d’enfants. Je ne suis ni éducatrice en garderie, ni orthophoniste pour les tout-petits. Et j’ai le triple de l’âge du public ciblé.  Mais vous savez quoi? Me présenter là-bas fut une bonne décision (enfin!).

Je regardais les murs de la salle qui étaient tapissés de bricolages et de dessins arborant des slogans  tels que « Le bégaiement est mon super pouvoir » ou « C’est correct de bégayer » (traductions libres), visiblement écrits par des mains d’enfant.

Je trouvais ça beau.

J’écoutais les échanges entre l’adolescent qui animait l’atelier et les enfants présents. On parlait de l’importance d’être à l’aise avec son bégaiement. Du fait que les personnes qui bégaient ne se résument pas qu’à leur bégaiement. Qu’on peut accomplir nos rêves malgré notre bégaiement. Et que le bégaiement n’est pas un synonyme de timidité.

En sortant de l’atelier destiné aux enfants, ça m’a donné espoir quant à l’avenir du bégaiement. Que des enfants soient capables d’affirmer que It’s okay to stutter sonne comme de la musique à mes oreilles. Un vent de fraîcheur.

Je fais partie de la génération Y, née quelque part dans les années 1980. Il me semble que, quand je repense à mon enfance, personne ne parlait du bégaiement, et encore moins pour dire que it was okay.

L’avenir du bégaiement est un sujet qui me tient à cœur. Cette année, à Dallas, je voulais écouter davantage et parler moins. Tout de même, j’ai pris la parole dans une session à micro ouvert. Je voulais inviter les gens présents à réfléchir sur le sujet.

Les mentalités concernant le bégaiement changent. Les connaissances scientifiques et la recherche sont en constante évolution. On n’a qu’à relire des publications, des sites internet ou des livres sur le bégaiement qui datent de quelques années. Le grand ménage des livres et des documents offerts aux membres de l’ABC, que les administrateurs ont effectué l’hiver dernier, en témoigne également.

Je pense que nous, les personnes qui bégaient, avons un grand rôle à jouer et un leadership à assumer dans la construction du futur du bégaiement. De quelle façon veut-on que le bégaiement soit perçu dans le futur? Que souhaite-on pour les prochaines générations de personnes qui bégaient?

Pour ma part, voici, en vrac, ce dont j’ai envie :

  • Plus d’inclusion, moins de discrimination envers le bégaiement
  • Plus de connaissances scientifiques sur le bégaiement, moins de clichés et d’idées préconçues
  • Plus d’acceptation de soi et moins de gens complexés par leur bégaiement
  • Moins de bizarreries et de faussetés qui circulent à propos du bégaiement. Les histoires de régimes alimentaires anti-bégaiement, d’ésotérisme et de soi-disant « thérapies miracles »…Je ne suis plus capable. Et je suis encore sidérée de voir quotidiennement ce genre de propos sur des groupes d’entraide sur Facebook conçus par et pour les personnes qui bégaient. Et de voir qu’il y a des gens qui y croient.
  • Plus d’honnêteté, moins de tabous. Briser le trop grand silence qui entoure trop souvent le bégaiement. J’aimerais que les personnes qui bégaient osent en parler davantage. Au lieu d’en avoir honte ou de chercher à le cacher à tout prix, ne devrait-on pas l’aborder ouvertement?
  • Moins de quête de la fluidité parfaite (source de frustration ou de découragement)!
  • Plus de solidarité, plus d’échanges réels ou virtuels, moins de solitude. Je n’arrive pas à croire qu’encore aujourd’hui, de nombreux adultes qui bégaient n’ont jamais eu l’occasion de rencontrer leurs semblables. J’entends régulièrement ce genre d’histoire, et ce fut aussi la mienne pendant trop longtemps.
  • Plus de publications inspirantes sur le bégaiement (livres, blogues, recherche, médias sociaux…) et moins de contenu culpabilisant!

Et vous, que souhaitez-vous pour l’avenir du bégaiement?

Texas, générations et avenir

Toastmasters…à l’ère des médias sociaux

Ce printemps, j’ai assisté à six rencontres des Toastmasters. Parfois seule, parfois en compagnie de mes collègues et amies Geneviève et Lidia. Je n’ai pas fait de discours encore, mais j’ai participé à plusieurs séances d’improvisation et expérimenté divers rôles. Dès la deuxième rencontre, je me portais volontaire pour prononcer un toast.

Pas mal pour une fille qui a déjà échoué des exposés oraux à l’école.

Parfois, je quittais la rencontre et marchais vers le métro Laurier en ayant l’impression de flotter. Je me sentais courageuse. Non, pas courageuse. Téméraire. Terriblement téméraire. Audacieuse. Rebelle. Libre. Profondément libre.

Et c’était grisant.

Mais je retombais vite sur terre lorsque des extraits de blogues, de publications sur les médias sociaux, de baladodiffusions, ou toute littérature écrite par des personnes qui bégaient affluaient à ma mémoire.

  • Jadis, j’étais incapable de prononcer un mot sans bégayer. Maintenant, 21 trophées, prix et rubans de concours oratoires locaux et internationaux décorent mon salon.
  • Faire du théâtre/de l’improvisation/de l’art oratoire m’a permis d’aimer la prise de parole en public/de vaincre ma timidité/de devenir ultra extraverti à la conversation intarissable, que l’on parle de l’histoire du Pérou, des séries au hockey, des tendances en matière de maquillage ou des prévisions météo du lendemain.
  • Je suis membre des Toastmasters depuis 29 ans malgré mon bégaiement et j’ai été mentor de 14 personnes à la parole fluide.
  • Voici mon dernier discours, n’hésitez pas à me laisser vos commentaires! (avec un lien vers un vidéo sur Youtube, qui a récolté 189 mentions J’aime et 143 félicitations et autres renforcements positifs).

Ouf…je lisais ça et ça me mettait une pression terrible sur les épaules.

Moi, je cherchais un déclic. Une étincelle. Quelque chose à quoi me raccrocher. Je me demandais ce qui n’allait pas chez moi, puisque je ne me reconnaissais pas dans ces modèles qui m’apparaissaient inaccessibles.

Semaine après semaine,  je ne trouvais pas de réponse à mes questions. Ça prend combien de temps, avant que j’aie la piqûre? Des jours, des semaines, des mois, des années? Est-ce moi qui recherche trop une gratification immédiate? Est-ce normal que je n’aie aucunement envie de partager mes prestations à mes 300 amis Facebook et à mes 60 amis Twitter? Est-ce normal que ça me cause un Grand Malaise si l’on compte le nombre de « mots de remplissage » que je dis? Est-il normal que j’aie de la difficulté à trouver des idées (géniales ou pas) en direct lors des séances d’improvisation?

Parfois,  je n’avais aucun plaisir. Et, très important, la notion de plaisir faisait partie de mes motivations à être présente.

On me demandait, dans les tours de table, en tant qu’invitée, pourquoi j’étais venue. Je répondais, enthousiaste et enflammée, que j’étais co-administratrice d’un organisme de soutien pour personnes qui bégaient et que je voulais avoir du plaisir à parler en public « avec » mon bégaiement. Plutôt que de chercher à le camoufler, je l’exhibais en toute franchise à mes interlocuteurs.  Qui plus est, je le présentais comme si le bégaiement était un ami plutôt que l’ennemi à combattre.

Ce faisant,  je me sentais outrageusement téméraire et libre. Voir même effrontée et déplacée, dans un monde où l’on comptabilisait rigoureusement le nombre de « euh », de « ben » et de « tsé » que j’osais dire. Et où ce nombre était dévoilé. Armand : 14. Antoine : 12. Amanda : zéro. Aud : 29. Si j’avais fait un discours, le nombre aurait grimpé de façon vertigineuse.

Dis-moi, cher collègue blogueur ou youtubeur, comment te sentais-tu lors de ce moment fatidique? Est-ce que, comme moi, le cœur te débattait?

J’étais dans la comparaison. En plus des modèles des personnes qui bégaient-et-qui-ont-changé-leur-vie qui venaient constamment me hanter, je me comparais aux autres participants à la parole fluide. Avec mon bégaiement, j’avais l’impression d’être toujours à la traîne derrière les autres.

Je me faisais du mal.

J’ai pris une pause pour une durée indéterminée.

Est-ce que je reviendrai? Est-ce que j’essaierai un autre club? Pour l’instant, je n’ai pas de réponse autre que « peut-être ».

Je me demande à quel point mon expérience aurait été différente si je n’avais pas eu inconsciemment cette pression de ressembler à tous ces modèles de personnes qui bégaient dont je lisais les aventures dans leurs blogues respectifs ou sur Facebook. J’ai besoin de modèles plus réalistes, plus ordinaires, plus accessibles. J’ai envie de lire un discours plus nuancé, plus terre à terre, moins sensationnaliste dans les communautés virtuelles de personnes qui bégaient. Je ne veux pas de prix, de trophées, de médailles ou de rubans. Je ne veux pas me métamorphoser en animal social extraverti, mais en même temps, je ne me reconnais pas dans les clichés typiques associés au bégaiement dans la culture populaire. Je ne me reconnais pas dans les choix que l’on me propose.

Je m’appelle Audrey. Je suis fière de communiquer sur le bégaiement. Et dans toute ma complexité et mes contradictions, je suis fière de dire que ma séance d’improvisation du 3 mars n’apparaît pas sur Youtube.

Toastmasters…à l’ère des médias sociaux

Le Grand Ménage

Le Grand Ménage…ou une tranche de vie de mon implication en tant que membre du conseil d’administration d’un organisme de soutien aux personnes qui bégaient

Un beau soir de janvier 2017, deux collègues du conseil d’administration de l’ABC et moi-même avions décidé de commencer l’année du bon pied. Installées dans le minuscule local de la rue Christophe-Colomb, des tasses de chocolat chaud à la main, nous nous sommes attaquées à une tâche colossale, mais oh combien nécessaire : le grand ménage des documents offerts à nos membres.

Petit récapitulatif : l’ABC a été fondée en 1985. Nous n’étions même pas encore nées. Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Les mentalités concernant le bégaiement ont évolué. La science a progressé. Et j’ai l’impression que le Grand Ménage n’avait pas été effectué depuis belle lurette. En ce sens, nous avons tourné une page importante dans l’histoire de l’ABC.

Dans les rayons empoussiérés, nous avons vu plusieurs documents et ouvrages qui nous ont fait froncer les sourcils, rire jaune, crier, ou qui nous ont scandalisées.

Plusieurs d’entre eux avaient un contenu désuet, ou carrément erroné. En 2017, est-il normal d’entendre encore des idées disant que le bégaiement est causé par un choc émotif ou a un lien avec l’apprentissage de la propreté, voire le rejet de la mère ?

Certaines références ont été désignées, mi-figue mi-raisin, sous la catégorie « Alerte : contenu dangereux pour l’estime de soi ». Des sources qui, sans vouloir entrer dans les détails, étaient truffées de propos culpabilisants, moqueurs ou réducteurs du potentiel des personnes qui bégaient.

À titre de membre du conseil d’administration de l’ABC, ma conscience m’empêche de recommander ce genre de contenu aux membres.

À l’ère d’internet, ouvrir un livre reste encore d’actualité. Un livre est un outil fantastique pour s’ouvrir, apprendre et découvrir. Encore faut-il que le livre véhicule un message sain et positif.

J’ai lu de merveilleux livres sur le bégaiement, qui m’ont aidée à cheminer. Personnellement, je trouve tellement rafraîchissant de lire autre chose que des ouvrages axés strictement sur la fluidité de la parole. Autre chose que des histoires où les personnages qui bégaient sont dépeints comme étant faibles ou qui font pitié.

Il ne faut jamais sous-estimer l’impact d’un livre, d’un blogue, d’un site Web ou d’un dépliant pour communiquer sur le bégaiement.

La liste des sources disponibles à l’ABC est accessible sur notre site internet. N’oubliez pas que des prix réduits sur les livres et la documentation sont offerts aux membres en règle. Vos suggestions de lectures sont également les bienvenues !

Le Grand Ménage

C’était en 2003

Cette année-là, je terminais mes études secondaires. Comme plusieurs personnes, au mois de janvier, j’avais rédigé une liste de résolutions, question de partir l’année du bon pied.

Résolution #1 – « Me débarrasser de mon bégaiement ».

Eh oui. Au premier rang de mes résolutions. En tête de liste, rien de moins. Avant même : « Obtenir mon permis de conduire », « M’inscrire au cégep » ou « Aller à mon bal de finissants ».

On est bien loin des classiques « Être un modèle de zénitude en tout temps », « Être une gentille petite fille sage ou un bon garçon » ou « Cesser de manger des jujubes en forme de grenouille ».

Vous avez bien lu.

Non, mais, qu’est-ce qui m’a pris d’écrire ça!! Quel plan de fou!

Trop ambitieuse? Trop complexée? Trop rêveuse? Pas assez mature? Trop naïve? Ou juste irréaliste?

Toujours est-il que 14 ans plus tard, alors que nous fêtions la nouvelle année, des amis m’ont demandé quels étaient mes objectifs de parole pour 2017. L’évocation de cette anecdote m’a fait bien rire.

J’explique. Du haut de mes 16 ans, je n’avais encore jamais vu d’adulte, ni même d’adolescent bégayer. Je pensais alors que le bégaiement était une caractéristique de la parole réservée exclusivement aux jeunes enfants timides ou aux gauchers contrariés d’une époque lointaine. Et étant une droitière naturelle ayant dépassé l’âge de cinq ans, je me demandais ce qui clochait chez moi, et surtout, pourquoi je bégayais encore. Dans mon entourage, à l’école, dans ma famille et dans les médias, les « Grandes Personnes » étaient toutes dotées d’une parole fluide. Alors logiquement, il était clair que « la chose » allait disparaître au même rythme que j’allais avoir des rides et des cheveux gris, non? Du moins, je le pensais.

Vous savez quoi? Je suis une Grande Personne. Et je bégaie encore.

En 2017, j’ai finalement trouvé des réponses à la question que mes amis m’ont posée la veille du jour de l’an : « Quels seront tes objectifs de parole pour la nouvelle année» (traduction libre). Je prône beaucoup le fait de parler ouvertement du bégaiement (advertising) mais j’avoue que je ne suis pas toujours mes propres conseils. Je l’ai souvent fait en 2015, surtout à mon retour de Baltimore. En 2016, globalement, j’ai trouvé plus difficile d’en parler et d’éduquer les gens à ce sujet. Alors en 2017, je veux être tout simplement authentique et cohérente entre ce que je dis, ce que je prône, et ce que je fais.

Finalement, en 2003, je suis allée à mon bal de finissants. J’ai pris aussi des cours de conduite. Et j’ai bégayé pendant mes exposés oraux en français, en anglais et en espagnol…ce qui ne m’a pas empêchée de m’inscrire au cégep.

Bonne année 2017 🙂

 

 

C’était en 2003

Atlanta, 2016 – L’inspiration du moment

Vous savez quoi? Je suis tellement chanceuse !

Cet été, au lieu de tout faire en mon pouvoir pour faire disparaître mon bégaiement de la carte, j’allais réaliser un rêve. Je partais pour Atlanta, afin de célébrer le bégaiement avec mes nombreux amis bègues ! Je prenais part, en juillet 2016, au congrès conjoint de la National Stuttering Association (NSA) et de l’International Stuttering Association (ISA), qui se déroulait cette année à Atlanta (GA). L’an dernier, j’avais assisté pour la première fois à un congrès de la NSA, qui se déroulait à Baltimore, et j’avais envie de renouveler l’expérience, et même d’aller plus loin. Cette année, j’allais animer une session à micro ouvert.

J’aime bien me servir du bégaiement comme prétexte pour vivre des aventures que je n’aurais pas vécu autrement, plutôt que d’en avoir honte ou de chercher à le faire disparaître ou à en « guérir ». C’est bien connu, le bégaiement ne se « guérit » pas par des séances de relaxation, des exercices de diction du genre : répéter dix fois la phrase « les chemises de l’archiduchesse sont-elles sèches ou archi sèches » ou le port de saphirs autour du cou en guise d’accessoire mode. Oui je vous jure, chers lecteurs et lectrices, quelques jours avant de prendre l’avion, je lisais sur un forum, un témoignage demandant si l’utilisation de pierres précieuses était efficace pour « guérir » du bégaiement. Je suis tombée en bas de ma chaise. Deux constats : 1-il ne faut pas croire tout ce que l’on trouve sur internet, et 2-encore en 2016, on a encore beaucoup d’éducation à faire au sujet du bégaiement.

Tout d’abord, faisons une mise au point. Souvent, les gens au Québec me demandaient : « Mais, qu’est-ce que tu vas faire à Atlanta ?! ». Je me rendais compte que très peu de gens à qui je parlais de mon voyage saisissaient réellement ce que j’allais faire là-bas, ni l’importance que mon engagement dans le monde du bégaiement représente pour moi. Je pense sincèrement qu’il faut vraiment vivre l’expérience pour en saisir toute la portée. Question d’expliquer ce que je suis venue faire à Atlanta aux gens qui ne sont pas dans mes souliers, gâtons-nous et faisons les choses en grand :

Mon séjour à Atlanta était pour moi une chance unique de :

  • Rencontrer des personnes qui bégaient provenant de partout dans le monde, de revoir des amis et de m’en faire de nouveaux ;
  • Être inspirée par les gens, par les rencontres que j’allais y faire et par l’énergie positive de l’endroit ;
  • Redonner au suivant ;
  • Voyager dans une ville où je n’étais jamais allée, et améliorer mon anglais ;
  • Prendre part à un évènement unique dont je vais me rappeler toute ma vie !

Mon séjour à Atlanta n’était donc pas :

  • Une session de réseautage professionnel (j’étais en recherche d’emploi au cours de cette période) ;
  • Un stage de fluidité du genre « Dites adieu au bégaiement en trois jours et demi et quatre étapes faciles! » (ceux qui devaient s’attendre à ce que je parle miraculeusement sans aucune trace de bégaiement dès mon retour à l’aéroport de Montréal doivent se poser de très sérieuses questions) ;
  • Une thérapie où j’allais enseigner des techniques de fluidité à des enfants bègues (je ne suis pas orthophoniste) ;
  • Une retraite zen (sans commentaires !) ;
  • Un voyage tout-inclus au soleil (le temps était gris).

Contrairement à l’an dernier, où j’avais réalisé une liste de choses à faire et de buts à accomplir lors de l’évènement à Baltimore, cette année, je n’avais pas vraiment de plan. J’avais ciblé un ou deux ateliers que je ne voulais pas manquer, mais sans plus. Pour le reste, je prévoyais plutôt suivre mon instinct et me laisser guider par l’inspiration du moment, et par les rencontres que j’allais faire sur place, dans le feu de l’action.

À mon retour d’Atlanta, je recevais, par l’entremise des médias sociaux, de nombreux messages provenant de personnes qui bégaient, qui ne pouvaient être présentes lors de l’évènement et qui souhaitaient avoir un compte-rendu du contenu des ateliers. Ça fait toujours plaisir de répondre à ces messages et de communiquer à propos du bégaiement. Il faut savoir toutefois que le volet social est très développé dans ce genre d’évènement alors je ne peux évidemment pas rapporter le contenu des nombreuses discussions que j’ai eu avec mes amis bègues. De plus, étant donné les multiples choix d’ateliers, je n’ai pu assister à tout ce qui m’intéressait. On m’a demandé également à quelques reprises en quoi consistent les nouvelles approches pour guérir du bégaiement. Je le redis puisque c’est tellement important : le bégaiement ne se « guérit » pas et ce n’est pas une maladie.

Par contre, j’ai envie de vous partager certains éléments qui m’ont marquée au cours de mon aventure.

La confiance en soi : « Bonjour, je m’appelle Emily, j’ai 15 ans, je viens du Texas…et je suis une personne qui bégaie ». Super ! J’ai vu plusieurs adolescents et jeunes adultes parler en public dans les sessions à micro ouvert, ou encore, se présenter en tant que personnes qui bégaient, et ce, même devant une salle pleine à craquer. Quand je repense à l’adolescente que j’étais à 15 ans, jamais je n’aurais osé faire cela à cette époque. Je n’avais pas la confiance en soi, le soutien social, la maturité et les connaissances que j’ai actuellement sur le bégaiement pour oser faire ce genre de démarche. Je demeure impressionnée et émue chaque fois que j’assiste à ce genre de moment. J’ai pris part à une session à micro ouvert destinée aux adolescents. Malgré le fait que je m’étais juré de rester silencieuse, je n’ai pu m’empêcher de prendre le micro pour féliciter publiquement les jeunes qui ont osé prendre la parole.

L’engagement des proches : un autre élément qui me fascine à tout coup est l’implication des parents et des familles des personnes qui bégaient, et pas seulement chez les jeunes enfants. J’ai vu plusieurs parents accompagner leurs enfants, devenus maintenant adultes, au congrès, ou prendre la parole dans les sessions à micro ouvert. Peu importe notre âge, le soutien social ou familial demeure précieux.

Les défis relevés : un ami m’a mise au défi de participer à un atelier d’improvisation. Le moins que l’on puisse dire, c’est que je me trouvais hors de ma zone de confort. Je n’avais jamais fait d’improvisation avant, et le tout se déroulait en anglais. Même si je comprends cette langue, j’ai trouvé cela difficile, puisque l’improvisation exige beaucoup de spontanéité. Par contre, l’animation de ma session à micro ouvert a été un moment magique. De nombreuses personnes qui bégaient ont pu ainsi raconter leur histoire ou partager leur témoignage devant la salle !

Pour poursuivre sur le thème des ateliers, un atelier qui m’a marqué est « Self-Advocacy 101 », animé par Jessica Giuffre. En petits groupes, les participants étaient invités à partager leurs moyens d’annoncer leur bégaiement dans diverses situations. Je suis très ouverte à nommer mon bégaiement, mais j’ai constaté que ce n’est pas du tout le cas pour tout le monde.

J’ai assisté à l’atelier « Mild Stuttering, Mild Challenges », animé par le président de l’ABC,  Jean-François Leblanc. Est-ce que notre niveau de bégaiement (léger, modéré, sévère) peut légitimer les difficultés, les défis que nous pouvons vivre en tant que personnes qui bégaient? Voilà qui a amené des réflexions pertinentes lors des discussions de groupe.

Je voulais absolument assister à l’atelier sur le bégaiement et l’écriture (The Write Way to Stutter), animé par Cameron Raynes, Katherine Preston et Barry Yeoman, trois personnes bègues dont l’écriture est au cœur de leur vie professionnelle.  L’écriture est également mon moyen de prédilection pour briser le silence sur le bégaiement, notamment en tant que rédactrice et coordonnatrice du journal Communiquer. J’aime beaucoup ce que je fais !

Je retiens également :  les nombreuses discussions passées à bégayer librement sans se sentir jugé, les « 5 à 7 » en compagnie de mes amis de l’ABC, les nombreuses rencontres de gens provenant des quatre coins du monde, les activités sociales, les soirées au restaurant ou au bar de l’hôtel (où j’ai appris quelques mots en estonien !), les échanges stimulants avec tout ce beau monde, et le banquet du samedi soir, où on se réunit une dernière fois avant de retourner chez soi, pour rapporter un brin de l’esprit de la NSA à la maison.

Je peux vous assurer que j’ai déjà hâte au prochain congrès de la NSA, qui se déroulera en juillet 2017, à Dallas, au Texas !

Atlanta, 2016 – L’inspiration du moment

Publiciser le bégaiement – sans drames! / Advertising about stuttering – without dramas!

 

  • Avez-vous déjà parlé ouvertement du bégaiement?
  • Avez-vous déjà dit à votre famille, votre conjoint (e) ou à l’école, les mots suivants : « Je bégaie »?
  • Avez-vous déjà pensé le faire? Si non, qu’est-ce qui vous retient?
  • Vous l’avez déjà fait? Super! Je vous félicite!

Je l’ai fait.

Des dizaines de fois.

Je l’ai fait dans divers contextes. Par courriel, au téléphone, face à face, devant des auditoires. Devant des membres de ma famille, des inconnus, des enseignants, des classes à l’université. Devant un serveur au restaurant avant de commander un repas. Devant des comités de sélection en entretien d’embauche.

Des dizaines de fois, je dis.

Malgré tout, ce n’est jamais évident à annoncer. Et c’est toujours un peu terrifiant.

Mais je le fais quand même. C’est tellement important. Mieux encore, c’est ma carte de visite.

De toute manière, les gens vont déjà sûrement s’en rendre compte quand je vais commencer à parler, alors pourquoi ne pas l’annoncer d’entrée de jeu, au lieu de tenter de le dissimuler à tout prix?

Qu’est-ce qui me motive à en parler?

Je repense à mes premières tentatives de parler ouvertement de mon bégaiement. Ces premiers souvenirs remontent à mes années d’études. Par exemple, à l’école secondaire, il y avait des cours où il fallait lire à voix haute devant toute la classe. La lecture à voix haute était ma bête noire, et qui plus est, n’était généralement pas un exercice noté au bulletin. Il m’est arrivé souvent, lorsqu’arrivait mon tour de lire, de refuser d’y participer. Par souci de jouer franc jeu (et d’éviter d’aller au local de retenue!),  je prenais mon courage à deux mains et j’allais voir mes professeurs à la fin du cours. Je leur disais quelque chose comme : « Si j’ai refusé de lire à voix haute tantôt, ce n’est pas par arrogance, par timidité ou par manque d’intérêt pour votre cours. Je bégaie. Lire à voix haute est difficile pour moi ».

Et voilà, tout était dit.

Je ne voulais pas que mon bégaiement soit mal interprété, par exemple, qu’il soit confondu avec de la timidité, de la nervosité mal canalisée, un manque de confiance en soi, un manque de maîtrise de mon sujet, ou tout autre stéréotype infondé. Je présentais mon bégaiement de façon simple et factuelle, car je ne voulais surtout pas que le bégaiement ne nuise à mon évaluation, par exemple, dans les exposés oraux à l’école.

Cependant, je ne me sentais pas très bien outillée pour parler du bégaiement avec mes mots d’adolescente. N’ayant jamais vraiment eu de suivi en orthophonie et ne connaissant pas de personnes qui bégaient à cette époque, je me sentais vraiment désolée d’avoir à annoncer les mots : « Je bégaie ».

Les années ont passé. Puis, en 2015, j’ai commencé à m’impliquer à l’ABC, et de fil en aiguille, j’ai été élue au conseil d’administration. J’ai rencontré plusieurs personnes qui bégaient. Je me suis fait des amis qui bégaient. J’ai réalisé de nombreuses lectures sur le bégaiement.

Tout ce cheminement m’a fait réaliser plus que jamais, la pertinence de parler ouvertement du bégaiement.  Voici pourquoi :

  • Je bégaie depuis que je suis toute petite et je bégaierai probablement toute ma vie, je vis quotidiennement avec le bégaiement. Alors je suis bien placée pour aborder la question, éduquer et informer les gens à ce sujet.
  • Il fait partie de moi. Il n’y a aucune raison de le cacher, d’en être gênée, de faire comme s’il n’existait pas, ou de faire semblant d’être née avec une parole fluide.
  • Trop de personnes qui bégaient avant moi se sont cachées ou ont tenté de le dissimuler. Si je peux, en tant que personne qui bégaie et administratrice d’une association pour personnes qui bégaient, donner l’exemple en en parlant ouvertement, pourquoi pas?
  • Finalement, j’ai envie de communiquer d’autres messages que la honte de soi, la vision négative du bégaiement et la culpabilité de bégayer. Globalement, j’ai confiance en moi et je suis fière de la personne que je suis, et ce, avec le bégaiement.

Si j’avais à donner un conseil pour en parler, ce serait d’y aller avec des faits. C’est très important. « Je bégaie » est un fait, au même titre que « J’ai les yeux bruns ». De plus, la confiance en soi est importante : le bégaiement ne change rien à notre valeur personnelle.

J’encourage toutes les personnes qui bégaient à parler de leur bégaiement. C’est à mon avis, un bel acte d’ouverture et de sincérité.

Avec les autres, mais aussi envers soi-même.


 

  • Have you ever talk openly about stuttering?
  • Have you ever say to your family, your husband/wife, or at school, the following words : “I stutter”?
  • Have you ever think to do it? If it’s not the case, why?
  • You did it? Wonderful! Congratulations.

I did it.

Dozens of times.

I did it in many contexts. In an email, on the phone, face to face, in the front of groups of people. With family members, strangers, teachers, university classrooms. With the server at the  restaurant before ordering my food. In jobs interviews.

Dozens of times, right?

Nevertheless, it’s never easy to say. And it’s always a bit scary.

But I continue to do it anyway. It’s so important. Even better, this is my trademark.

Anyway, people will notice it when I will start to speak, so why hiding it?

Why am I so motivated to talk about it?

I think of my firsts baby steps to talk openly about my stutter. Those memories are related to my school journey. For example, at secondary school, there were many classes where the students had to read out loud in the front of the classroom.  Reading out loud is hard for me, and generally, it was not evaluated! When my turn arrived, I refused many times to read out loud. Just because I wanted to be fair with my teachers (and avoiding a punishment!), I decided to meet them after the class. I told them something like : «  If I refused to read out loud in the front of the classroom, this is not because I am cocky, shy or not interested by your class. I stutter. Reading out loud is an hard task for me. »

I said what I wanted to say.

I did not want my stutter was misinterpreted. I did not want my stutter was confused with shyness, stress, lack of self-confidence, lack of work on my homeworks and lessons, or that kind of unfounded stereotype. I advertised about my stutter simply and with facts. I did not want to get bad grades at school because of my stutter, for example, in oral presentations.

However, I felt awkward to talk about my stutter with my own teenager’s words. I have not received a speech therapy, and I have not met other people who stutter. So, I was sorry to say the words “I stutter”.

Many years later, in 2015, I started to be involved with the ABC. I was elected as a member of the board of directors of this association. I met a lot of people who stutter. I made friends who stutter. I readed a lot of stuff about stuttering.

My journey made me realize, more than ever, the relevance to speak openly about stuttering. Here are the reasons :

  • I stutter since I am a little girl and I will stutter probably during my whole life. I deal with my stutter every single day of my life. So, I am well placed to talk about the question, educate and inform people about this topic.
  • It’s a part of me. So, there is no reason to hide it, to be shy of it, to act as it doesn’t exist or to pretend to have a fluent speech.
  • There is a lot of people who stutter who tries to hide it (covert stutterers), or don’t talk about it. As a member of the board of directors of an association that helps people who stutters, if I could speak openly about it, why not?
  • Finally, I want to communicate other messages than the shame of ourselves, the negative image of stuttering and the guilt of stuttering. Overall, I am proud of the person that I am, with my stutter.

My advice is to advertise with facts. It’s very important. “I stutter” is a fact, such as “My eyes are brown”. Self-confidence is also important : stuttering changes nothing to our own worth.

I would like to encourage all the people who stutter to talk openly about their stutter. This is for me a great proof of open-minding and candor.

With other people, but also with ourselves.

 

Publiciser le bégaiement – sans drames! / Advertising about stuttering – without dramas!