Atlanta, 2016 – L’inspiration du moment

Vous savez quoi? Je suis tellement chanceuse !

Cet été, au lieu de tout faire en mon pouvoir pour faire disparaître mon bégaiement de la carte, j’allais réaliser un rêve. Je partais pour Atlanta, afin de célébrer le bégaiement avec mes nombreux amis bègues ! Je prenais part, en juillet 2016, au congrès conjoint de la National Stuttering Association (NSA) et de l’International Stuttering Association (ISA), qui se déroulait cette année à Atlanta (GA). L’an dernier, j’avais assisté pour la première fois à un congrès de la NSA, qui se déroulait à Baltimore, et j’avais envie de renouveler l’expérience, et même d’aller plus loin. Cette année, j’allais animer une session à micro ouvert.

J’aime bien me servir du bégaiement comme prétexte pour vivre des aventures que je n’aurais pas vécu autrement, plutôt que d’en avoir honte ou de chercher à le faire disparaître ou à en « guérir ». C’est bien connu, le bégaiement ne se « guérit » pas par des séances de relaxation, des exercices de diction du genre : répéter dix fois la phrase « les chemises de l’archiduchesse sont-elles sèches ou archi sèches » ou le port de saphirs autour du cou en guise d’accessoire mode. Oui je vous jure, chers lecteurs et lectrices, quelques jours avant de prendre l’avion, je lisais sur un forum, un témoignage demandant si l’utilisation de pierres précieuses était efficace pour « guérir » du bégaiement. Je suis tombée en bas de ma chaise. Deux constats : 1-il ne faut pas croire tout ce que l’on trouve sur internet, et 2-encore en 2016, on a encore beaucoup d’éducation à faire au sujet du bégaiement.

Tout d’abord, faisons une mise au point. Souvent, les gens au Québec me demandaient : « Mais, qu’est-ce que tu vas faire à Atlanta ?! ». Je me rendais compte que très peu de gens à qui je parlais de mon voyage saisissaient réellement ce que j’allais faire là-bas, ni l’importance que mon engagement dans le monde du bégaiement représente pour moi. Je pense sincèrement qu’il faut vraiment vivre l’expérience pour en saisir toute la portée. Question d’expliquer ce que je suis venue faire à Atlanta aux gens qui ne sont pas dans mes souliers, gâtons-nous et faisons les choses en grand :

Mon séjour à Atlanta était pour moi une chance unique de :

  • Rencontrer des personnes qui bégaient provenant de partout dans le monde, de revoir des amis et de m’en faire de nouveaux ;
  • Être inspirée par les gens, par les rencontres que j’allais y faire et par l’énergie positive de l’endroit ;
  • Redonner au suivant ;
  • Voyager dans une ville où je n’étais jamais allée, et améliorer mon anglais ;
  • Prendre part à un évènement unique dont je vais me rappeler toute ma vie !

Mon séjour à Atlanta n’était donc pas :

  • Une session de réseautage professionnel (j’étais en recherche d’emploi au cours de cette période) ;
  • Un stage de fluidité du genre « Dites adieu au bégaiement en trois jours et demi et quatre étapes faciles! » (ceux qui devaient s’attendre à ce que je parle miraculeusement sans aucune trace de bégaiement dès mon retour à l’aéroport de Montréal doivent se poser de très sérieuses questions) ;
  • Une thérapie où j’allais enseigner des techniques de fluidité à des enfants bègues (je ne suis pas orthophoniste) ;
  • Une retraite zen (sans commentaires !) ;
  • Un voyage tout-inclus au soleil (le temps était gris).

Contrairement à l’an dernier, où j’avais réalisé une liste de choses à faire et de buts à accomplir lors de l’évènement à Baltimore, cette année, je n’avais pas vraiment de plan. J’avais ciblé un ou deux ateliers que je ne voulais pas manquer, mais sans plus. Pour le reste, je prévoyais plutôt suivre mon instinct et me laisser guider par l’inspiration du moment, et par les rencontres que j’allais faire sur place, dans le feu de l’action.

À mon retour d’Atlanta, je recevais, par l’entremise des médias sociaux, de nombreux messages provenant de personnes qui bégaient, qui ne pouvaient être présentes lors de l’évènement et qui souhaitaient avoir un compte-rendu du contenu des ateliers. Ça fait toujours plaisir de répondre à ces messages et de communiquer à propos du bégaiement. Il faut savoir toutefois que le volet social est très développé dans ce genre d’évènement alors je ne peux évidemment pas rapporter le contenu des nombreuses discussions que j’ai eu avec mes amis bègues. De plus, étant donné les multiples choix d’ateliers, je n’ai pu assister à tout ce qui m’intéressait. On m’a demandé également à quelques reprises en quoi consistent les nouvelles approches pour guérir du bégaiement. Je le redis puisque c’est tellement important : le bégaiement ne se « guérit » pas et ce n’est pas une maladie.

Par contre, j’ai envie de vous partager certains éléments qui m’ont marquée au cours de mon aventure.

La confiance en soi : « Bonjour, je m’appelle Emily, j’ai 15 ans, je viens du Texas…et je suis une personne qui bégaie ». Super ! J’ai vu plusieurs adolescents et jeunes adultes parler en public dans les sessions à micro ouvert, ou encore, se présenter en tant que personnes qui bégaient, et ce, même devant une salle pleine à craquer. Quand je repense à l’adolescente que j’étais à 15 ans, jamais je n’aurais osé faire cela à cette époque. Je n’avais pas la confiance en soi, le soutien social, la maturité et les connaissances que j’ai actuellement sur le bégaiement pour oser faire ce genre de démarche. Je demeure impressionnée et émue chaque fois que j’assiste à ce genre de moment. J’ai pris part à une session à micro ouvert destinée aux adolescents. Malgré le fait que je m’étais juré de rester silencieuse, je n’ai pu m’empêcher de prendre le micro pour féliciter publiquement les jeunes qui ont osé prendre la parole.

L’engagement des proches : un autre élément qui me fascine à tout coup est l’implication des parents et des familles des personnes qui bégaient, et pas seulement chez les jeunes enfants. J’ai vu plusieurs parents accompagner leurs enfants, devenus maintenant adultes, au congrès, ou prendre la parole dans les sessions à micro ouvert. Peu importe notre âge, le soutien social ou familial demeure précieux.

Les défis relevés : un ami m’a mise au défi de participer à un atelier d’improvisation. Le moins que l’on puisse dire, c’est que je me trouvais hors de ma zone de confort. Je n’avais jamais fait d’improvisation avant, et le tout se déroulait en anglais. Même si je comprends cette langue, j’ai trouvé cela difficile, puisque l’improvisation exige beaucoup de spontanéité. Par contre, l’animation de ma session à micro ouvert a été un moment magique. De nombreuses personnes qui bégaient ont pu ainsi raconter leur histoire ou partager leur témoignage devant la salle !

Pour poursuivre sur le thème des ateliers, un atelier qui m’a marqué est « Self-Advocacy 101 », animé par Jessica Giuffre. En petits groupes, les participants étaient invités à partager leurs moyens d’annoncer leur bégaiement dans diverses situations. Je suis très ouverte à nommer mon bégaiement, mais j’ai constaté que ce n’est pas du tout le cas pour tout le monde.

J’ai assisté à l’atelier « Mild Stuttering, Mild Challenges », animé par le président de l’ABC,  Jean-François Leblanc. Est-ce que notre niveau de bégaiement (léger, modéré, sévère) peut légitimer les difficultés, les défis que nous pouvons vivre en tant que personnes qui bégaient? Voilà qui a amené des réflexions pertinentes lors des discussions de groupe.

Je voulais absolument assister à l’atelier sur le bégaiement et l’écriture (The Write Way to Stutter), animé par Cameron Raynes, Katherine Preston et Barry Yeoman, trois personnes bègues dont l’écriture est au cœur de leur vie professionnelle.  L’écriture est également mon moyen de prédilection pour briser le silence sur le bégaiement, notamment en tant que rédactrice et coordonnatrice du journal Communiquer. J’aime beaucoup ce que je fais !

Je retiens également :  les nombreuses discussions passées à bégayer librement sans se sentir jugé, les « 5 à 7 » en compagnie de mes amis de l’ABC, les nombreuses rencontres de gens provenant des quatre coins du monde, les activités sociales, les soirées au restaurant ou au bar de l’hôtel (où j’ai appris quelques mots en estonien !), les échanges stimulants avec tout ce beau monde, et le banquet du samedi soir, où on se réunit une dernière fois avant de retourner chez soi, pour rapporter un brin de l’esprit de la NSA à la maison.

Je peux vous assurer que j’ai déjà hâte au prochain congrès de la NSA, qui se déroulera en juillet 2017, à Dallas, au Texas !

Atlanta, 2016 – L’inspiration du moment