C’était en 2003

Cette année-là, je terminais mes études secondaires. Comme plusieurs personnes, au mois de janvier, j’avais rédigé une liste de résolutions, question de partir l’année du bon pied.

Résolution #1 – « Me débarrasser de mon bégaiement ».

Eh oui. Au premier rang de mes résolutions. En tête de liste, rien de moins. Avant même : « Obtenir mon permis de conduire », « M’inscrire au cégep » ou « Aller à mon bal de finissants ».

On est bien loin des classiques « Être un modèle de zénitude en tout temps », « Être une gentille petite fille sage ou un bon garçon » ou « Cesser de manger des jujubes en forme de grenouille ».

Vous avez bien lu.

Non, mais, qu’est-ce qui m’a pris d’écrire ça!! Quel plan de fou!

Trop ambitieuse? Trop complexée? Trop rêveuse? Pas assez mature? Trop naïve? Ou juste irréaliste?

Toujours est-il que 14 ans plus tard, alors que nous fêtions la nouvelle année, des amis m’ont demandé quels étaient mes objectifs de parole pour 2017. L’évocation de cette anecdote m’a fait bien rire.

J’explique. Du haut de mes 16 ans, je n’avais encore jamais vu d’adulte, ni même d’adolescent bégayer. Je pensais alors que le bégaiement était une caractéristique de la parole réservée exclusivement aux jeunes enfants timides ou aux gauchers contrariés d’une époque lointaine. Et étant une droitière naturelle ayant dépassé l’âge de cinq ans, je me demandais ce qui clochait chez moi, et surtout, pourquoi je bégayais encore. Dans mon entourage, à l’école, dans ma famille et dans les médias, les « Grandes Personnes » étaient toutes dotées d’une parole fluide. Alors logiquement, il était clair que « la chose » allait disparaître au même rythme que j’allais avoir des rides et des cheveux gris, non? Du moins, je le pensais.

Vous savez quoi? Je suis une Grande Personne. Et je bégaie encore.

En 2017, j’ai finalement trouvé des réponses à la question que mes amis m’ont posée la veille du jour de l’an : « Quels seront tes objectifs de parole pour la nouvelle année» (traduction libre). Je prône beaucoup le fait de parler ouvertement du bégaiement (advertising) mais j’avoue que je ne suis pas toujours mes propres conseils. Je l’ai souvent fait en 2015, surtout à mon retour de Baltimore. En 2016, globalement, j’ai trouvé plus difficile d’en parler et d’éduquer les gens à ce sujet. Alors en 2017, je veux être tout simplement authentique et cohérente entre ce que je dis, ce que je prône, et ce que je fais.

Finalement, en 2003, je suis allée à mon bal de finissants. J’ai pris aussi des cours de conduite. Et j’ai bégayé pendant mes exposés oraux en français, en anglais et en espagnol…ce qui ne m’a pas empêchée de m’inscrire au cégep.

Bonne année 2017 🙂

 

 

C’était en 2003

Atlanta, 2016 – L’inspiration du moment

Vous savez quoi? Je suis tellement chanceuse !

Cet été, au lieu de tout faire en mon pouvoir pour faire disparaître mon bégaiement de la carte, j’allais réaliser un rêve. Je partais pour Atlanta, afin de célébrer le bégaiement avec mes nombreux amis bègues ! Je prenais part, en juillet 2016, au congrès conjoint de la National Stuttering Association (NSA) et de l’International Stuttering Association (ISA), qui se déroulait cette année à Atlanta (GA). L’an dernier, j’avais assisté pour la première fois à un congrès de la NSA, qui se déroulait à Baltimore, et j’avais envie de renouveler l’expérience, et même d’aller plus loin. Cette année, j’allais animer une session à micro ouvert.

J’aime bien me servir du bégaiement comme prétexte pour vivre des aventures que je n’aurais pas vécu autrement, plutôt que d’en avoir honte ou de chercher à le faire disparaître ou à en « guérir ». C’est bien connu, le bégaiement ne se « guérit » pas par des séances de relaxation, des exercices de diction du genre : répéter dix fois la phrase « les chemises de l’archiduchesse sont-elles sèches ou archi sèches » ou le port de saphirs autour du cou en guise d’accessoire mode. Oui je vous jure, chers lecteurs et lectrices, quelques jours avant de prendre l’avion, je lisais sur un forum, un témoignage demandant si l’utilisation de pierres précieuses était efficace pour « guérir » du bégaiement. Je suis tombée en bas de ma chaise. Deux constats : 1-il ne faut pas croire tout ce que l’on trouve sur internet, et 2-encore en 2016, on a encore beaucoup d’éducation à faire au sujet du bégaiement.

Tout d’abord, faisons une mise au point. Souvent, les gens au Québec me demandaient : « Mais, qu’est-ce que tu vas faire à Atlanta ?! ». Je me rendais compte que très peu de gens à qui je parlais de mon voyage saisissaient réellement ce que j’allais faire là-bas, ni l’importance que mon engagement dans le monde du bégaiement représente pour moi. Je pense sincèrement qu’il faut vraiment vivre l’expérience pour en saisir toute la portée. Question d’expliquer ce que je suis venue faire à Atlanta aux gens qui ne sont pas dans mes souliers, gâtons-nous et faisons les choses en grand :

Mon séjour à Atlanta était pour moi une chance unique de :

  • Rencontrer des personnes qui bégaient provenant de partout dans le monde, de revoir des amis et de m’en faire de nouveaux ;
  • Être inspirée par les gens, par les rencontres que j’allais y faire et par l’énergie positive de l’endroit ;
  • Redonner au suivant ;
  • Voyager dans une ville où je n’étais jamais allée, et améliorer mon anglais ;
  • Prendre part à un évènement unique dont je vais me rappeler toute ma vie !

Mon séjour à Atlanta n’était donc pas :

  • Une session de réseautage professionnel (j’étais en recherche d’emploi au cours de cette période) ;
  • Un stage de fluidité du genre « Dites adieu au bégaiement en trois jours et demi et quatre étapes faciles! » (ceux qui devaient s’attendre à ce que je parle miraculeusement sans aucune trace de bégaiement dès mon retour à l’aéroport de Montréal doivent se poser de très sérieuses questions) ;
  • Une thérapie où j’allais enseigner des techniques de fluidité à des enfants bègues (je ne suis pas orthophoniste) ;
  • Une retraite zen (sans commentaires !) ;
  • Un voyage tout-inclus au soleil (le temps était gris).

Contrairement à l’an dernier, où j’avais réalisé une liste de choses à faire et de buts à accomplir lors de l’évènement à Baltimore, cette année, je n’avais pas vraiment de plan. J’avais ciblé un ou deux ateliers que je ne voulais pas manquer, mais sans plus. Pour le reste, je prévoyais plutôt suivre mon instinct et me laisser guider par l’inspiration du moment, et par les rencontres que j’allais faire sur place, dans le feu de l’action.

À mon retour d’Atlanta, je recevais, par l’entremise des médias sociaux, de nombreux messages provenant de personnes qui bégaient, qui ne pouvaient être présentes lors de l’évènement et qui souhaitaient avoir un compte-rendu du contenu des ateliers. Ça fait toujours plaisir de répondre à ces messages et de communiquer à propos du bégaiement. Il faut savoir toutefois que le volet social est très développé dans ce genre d’évènement alors je ne peux évidemment pas rapporter le contenu des nombreuses discussions que j’ai eu avec mes amis bègues. De plus, étant donné les multiples choix d’ateliers, je n’ai pu assister à tout ce qui m’intéressait. On m’a demandé également à quelques reprises en quoi consistent les nouvelles approches pour guérir du bégaiement. Je le redis puisque c’est tellement important : le bégaiement ne se « guérit » pas et ce n’est pas une maladie.

Par contre, j’ai envie de vous partager certains éléments qui m’ont marquée au cours de mon aventure.

La confiance en soi : « Bonjour, je m’appelle Emily, j’ai 15 ans, je viens du Texas…et je suis une personne qui bégaie ». Super ! J’ai vu plusieurs adolescents et jeunes adultes parler en public dans les sessions à micro ouvert, ou encore, se présenter en tant que personnes qui bégaient, et ce, même devant une salle pleine à craquer. Quand je repense à l’adolescente que j’étais à 15 ans, jamais je n’aurais osé faire cela à cette époque. Je n’avais pas la confiance en soi, le soutien social, la maturité et les connaissances que j’ai actuellement sur le bégaiement pour oser faire ce genre de démarche. Je demeure impressionnée et émue chaque fois que j’assiste à ce genre de moment. J’ai pris part à une session à micro ouvert destinée aux adolescents. Malgré le fait que je m’étais juré de rester silencieuse, je n’ai pu m’empêcher de prendre le micro pour féliciter publiquement les jeunes qui ont osé prendre la parole.

L’engagement des proches : un autre élément qui me fascine à tout coup est l’implication des parents et des familles des personnes qui bégaient, et pas seulement chez les jeunes enfants. J’ai vu plusieurs parents accompagner leurs enfants, devenus maintenant adultes, au congrès, ou prendre la parole dans les sessions à micro ouvert. Peu importe notre âge, le soutien social ou familial demeure précieux.

Les défis relevés : un ami m’a mise au défi de participer à un atelier d’improvisation. Le moins que l’on puisse dire, c’est que je me trouvais hors de ma zone de confort. Je n’avais jamais fait d’improvisation avant, et le tout se déroulait en anglais. Même si je comprends cette langue, j’ai trouvé cela difficile, puisque l’improvisation exige beaucoup de spontanéité. Par contre, l’animation de ma session à micro ouvert a été un moment magique. De nombreuses personnes qui bégaient ont pu ainsi raconter leur histoire ou partager leur témoignage devant la salle !

Pour poursuivre sur le thème des ateliers, un atelier qui m’a marqué est « Self-Advocacy 101 », animé par Jessica Giuffre. En petits groupes, les participants étaient invités à partager leurs moyens d’annoncer leur bégaiement dans diverses situations. Je suis très ouverte à nommer mon bégaiement, mais j’ai constaté que ce n’est pas du tout le cas pour tout le monde.

J’ai assisté à l’atelier « Mild Stuttering, Mild Challenges », animé par le président de l’ABC,  Jean-François Leblanc. Est-ce que notre niveau de bégaiement (léger, modéré, sévère) peut légitimer les difficultés, les défis que nous pouvons vivre en tant que personnes qui bégaient? Voilà qui a amené des réflexions pertinentes lors des discussions de groupe.

Je voulais absolument assister à l’atelier sur le bégaiement et l’écriture (The Write Way to Stutter), animé par Cameron Raynes, Katherine Preston et Barry Yeoman, trois personnes bègues dont l’écriture est au cœur de leur vie professionnelle.  L’écriture est également mon moyen de prédilection pour briser le silence sur le bégaiement, notamment en tant que rédactrice et coordonnatrice du journal Communiquer. J’aime beaucoup ce que je fais !

Je retiens également :  les nombreuses discussions passées à bégayer librement sans se sentir jugé, les « 5 à 7 » en compagnie de mes amis de l’ABC, les nombreuses rencontres de gens provenant des quatre coins du monde, les activités sociales, les soirées au restaurant ou au bar de l’hôtel (où j’ai appris quelques mots en estonien !), les échanges stimulants avec tout ce beau monde, et le banquet du samedi soir, où on se réunit une dernière fois avant de retourner chez soi, pour rapporter un brin de l’esprit de la NSA à la maison.

Je peux vous assurer que j’ai déjà hâte au prochain congrès de la NSA, qui se déroulera en juillet 2017, à Dallas, au Texas !

Atlanta, 2016 – L’inspiration du moment

Publiciser le bégaiement – sans drames! / Advertising about stuttering – without dramas!

 

  • Avez-vous déjà parlé ouvertement du bégaiement?
  • Avez-vous déjà dit à votre famille, votre conjoint (e) ou à l’école, les mots suivants : « Je bégaie »?
  • Avez-vous déjà pensé le faire? Si non, qu’est-ce qui vous retient?
  • Vous l’avez déjà fait? Super! Je vous félicite!

Je l’ai fait.

Des dizaines de fois.

Je l’ai fait dans divers contextes. Par courriel, au téléphone, face à face, devant des auditoires. Devant des membres de ma famille, des inconnus, des enseignants, des classes à l’université. Devant un serveur au restaurant avant de commander un repas. Devant des comités de sélection en entretien d’embauche.

Des dizaines de fois, je dis.

Malgré tout, ce n’est jamais évident à annoncer. Et c’est toujours un peu terrifiant.

Mais je le fais quand même. C’est tellement important. Mieux encore, c’est ma carte de visite.

De toute manière, les gens vont déjà sûrement s’en rendre compte quand je vais commencer à parler, alors pourquoi ne pas l’annoncer d’entrée de jeu, au lieu de tenter de le dissimuler à tout prix?

Qu’est-ce qui me motive à en parler?

Je repense à mes premières tentatives de parler ouvertement de mon bégaiement. Ces premiers souvenirs remontent à mes années d’études. Par exemple, à l’école secondaire, il y avait des cours où il fallait lire à voix haute devant toute la classe. La lecture à voix haute était ma bête noire, et qui plus est, n’était généralement pas un exercice noté au bulletin. Il m’est arrivé souvent, lorsqu’arrivait mon tour de lire, de refuser d’y participer. Par souci de jouer franc jeu (et d’éviter d’aller au local de retenue!),  je prenais mon courage à deux mains et j’allais voir mes professeurs à la fin du cours. Je leur disais quelque chose comme : « Si j’ai refusé de lire à voix haute tantôt, ce n’est pas par arrogance, par timidité ou par manque d’intérêt pour votre cours. Je bégaie. Lire à voix haute est difficile pour moi ».

Et voilà, tout était dit.

Je ne voulais pas que mon bégaiement soit mal interprété, par exemple, qu’il soit confondu avec de la timidité, de la nervosité mal canalisée, un manque de confiance en soi, un manque de maîtrise de mon sujet, ou tout autre stéréotype infondé. Je présentais mon bégaiement de façon simple et factuelle, car je ne voulais surtout pas que le bégaiement ne nuise à mon évaluation, par exemple, dans les exposés oraux à l’école.

Cependant, je ne me sentais pas très bien outillée pour parler du bégaiement avec mes mots d’adolescente. N’ayant jamais vraiment eu de suivi en orthophonie et ne connaissant pas de personnes qui bégaient à cette époque, je me sentais vraiment désolée d’avoir à annoncer les mots : « Je bégaie ».

Les années ont passé. Puis, en 2015, j’ai commencé à m’impliquer à l’ABC, et de fil en aiguille, j’ai été élue au conseil d’administration. J’ai rencontré plusieurs personnes qui bégaient. Je me suis fait des amis qui bégaient. J’ai réalisé de nombreuses lectures sur le bégaiement.

Tout ce cheminement m’a fait réaliser plus que jamais, la pertinence de parler ouvertement du bégaiement.  Voici pourquoi :

  • Je bégaie depuis que je suis toute petite et je bégaierai probablement toute ma vie, je vis quotidiennement avec le bégaiement. Alors je suis bien placée pour aborder la question, éduquer et informer les gens à ce sujet.
  • Il fait partie de moi. Il n’y a aucune raison de le cacher, d’en être gênée, de faire comme s’il n’existait pas, ou de faire semblant d’être née avec une parole fluide.
  • Trop de personnes qui bégaient avant moi se sont cachées ou ont tenté de le dissimuler. Si je peux, en tant que personne qui bégaie et administratrice d’une association pour personnes qui bégaient, donner l’exemple en en parlant ouvertement, pourquoi pas?
  • Finalement, j’ai envie de communiquer d’autres messages que la honte de soi, la vision négative du bégaiement et la culpabilité de bégayer. Globalement, j’ai confiance en moi et je suis fière de la personne que je suis, et ce, avec le bégaiement.

Si j’avais à donner un conseil pour en parler, ce serait d’y aller avec des faits. C’est très important. « Je bégaie » est un fait, au même titre que « J’ai les yeux bruns ». De plus, la confiance en soi est importante : le bégaiement ne change rien à notre valeur personnelle.

J’encourage toutes les personnes qui bégaient à parler de leur bégaiement. C’est à mon avis, un bel acte d’ouverture et de sincérité.

Avec les autres, mais aussi envers soi-même.


 

  • Have you ever talk openly about stuttering?
  • Have you ever say to your family, your husband/wife, or at school, the following words : “I stutter”?
  • Have you ever think to do it? If it’s not the case, why?
  • You did it? Wonderful! Congratulations.

I did it.

Dozens of times.

I did it in many contexts. In an email, on the phone, face to face, in the front of groups of people. With family members, strangers, teachers, university classrooms. With the server at the  restaurant before ordering my food. In jobs interviews.

Dozens of times, right?

Nevertheless, it’s never easy to say. And it’s always a bit scary.

But I continue to do it anyway. It’s so important. Even better, this is my trademark.

Anyway, people will notice it when I will start to speak, so why hiding it?

Why am I so motivated to talk about it?

I think of my firsts baby steps to talk openly about my stutter. Those memories are related to my school journey. For example, at secondary school, there were many classes where the students had to read out loud in the front of the classroom.  Reading out loud is hard for me, and generally, it was not evaluated! When my turn arrived, I refused many times to read out loud. Just because I wanted to be fair with my teachers (and avoiding a punishment!), I decided to meet them after the class. I told them something like : «  If I refused to read out loud in the front of the classroom, this is not because I am cocky, shy or not interested by your class. I stutter. Reading out loud is an hard task for me. »

I said what I wanted to say.

I did not want my stutter was misinterpreted. I did not want my stutter was confused with shyness, stress, lack of self-confidence, lack of work on my homeworks and lessons, or that kind of unfounded stereotype. I advertised about my stutter simply and with facts. I did not want to get bad grades at school because of my stutter, for example, in oral presentations.

However, I felt awkward to talk about my stutter with my own teenager’s words. I have not received a speech therapy, and I have not met other people who stutter. So, I was sorry to say the words “I stutter”.

Many years later, in 2015, I started to be involved with the ABC. I was elected as a member of the board of directors of this association. I met a lot of people who stutter. I made friends who stutter. I readed a lot of stuff about stuttering.

My journey made me realize, more than ever, the relevance to speak openly about stuttering. Here are the reasons :

  • I stutter since I am a little girl and I will stutter probably during my whole life. I deal with my stutter every single day of my life. So, I am well placed to talk about the question, educate and inform people about this topic.
  • It’s a part of me. So, there is no reason to hide it, to be shy of it, to act as it doesn’t exist or to pretend to have a fluent speech.
  • There is a lot of people who stutter who tries to hide it (covert stutterers), or don’t talk about it. As a member of the board of directors of an association that helps people who stutters, if I could speak openly about it, why not?
  • Finally, I want to communicate other messages than the shame of ourselves, the negative image of stuttering and the guilt of stuttering. Overall, I am proud of the person that I am, with my stutter.

My advice is to advertise with facts. It’s very important. “I stutter” is a fact, such as “My eyes are brown”. Self-confidence is also important : stuttering changes nothing to our own worth.

I would like to encourage all the people who stutter to talk openly about their stutter. This is for me a great proof of open-minding and candor.

With other people, but also with ourselves.

 

Publiciser le bégaiement – sans drames! / Advertising about stuttering – without dramas!

Pourquoi travailler sur soi quand on peut travailler avec les autres?- Why working on ourselves when we could work with other people?

Conversation typique sur le bégaiement, avec un individu non-bègue, que j’appellerai ici « Eugénie » pour lui donner une forme humaine. « Eugénie » représente, selon votre choix, l’amie d’un ami, la tante que l’on voit une fois par année dans le temps des Fêtes, la caissière du restaurant ou une inconnue croisée sur le banc d’un métro.

Ad. Stories – (Avec des étoiles dans les yeux, un sourire rayonnant et un enthousiasme contagieux): Cet été, je suis allée à un congrès sur le bégaiement!

Eugénie – Tu sais, je connais quelqu’un qui bégayait! Le beau-frère de l’ami du collègue de travail de mon cousin bégayait quand il était enfant!

Ad. Stories – (Ah non, pas encore ça! Encore une autre qui ne bégaie pas et qui s’imagine Experte en Bégaiement!)

Eugénie – …Mais il ne bégaie plus maintenant! Il a travaillé TELLEMENT fort pour vaincre son problème! Quand on veut, on peut, il faut juste faire des efforts pour s’en sortir!

Ad. Stories – (Soupir d’exaspération et enthousiasme refroidi)

****

J’ai eu cette conversation des dizaines de fois dans ma vie avec des personnes qui ont une parole fluide. Chaque fois, je vois s’effriter mes bonnes résolutions de leur parler ouvertement du bégaiement (Advertising, comme diraient mes amis anglophones). Chaque fois, je m’éteins.

Suis-je la seule personne qui bégaie et qui est mal à l’aise par ce genre de propos? Suis-je la seule qui n’aime pas cette allusion à la paresse, aux efforts ou à la volonté? Suis-je la seule qui se culpabilise?

C’est quoi cette supposée association entre le fait de « travailler fort sur sa parole », ce qui permettrait, dans l’imagerie populaire, de parler de façon totalement fluide?

Et dites-moi, ça veut dire quoi, au juste, « travailler fort sur sa parole »?

  • Lire à voix haute pendant 30 minutes par jour, tous les jours, même en vacances, à notre anniversaire et à Noël?
  • Encore mieux, une heure par jour? Est-ce que ce sera suffisant?
  • S’assurer de toujours parler à la façon d’un métronome en faisant un rythme avec les doigts, chanter mes mots ou parler avec un accent qui n’est pas le mien pendant une conversation entre amis? Bonjour la spontanéité et le naturel!
  • Se priver de dessert au souper en guise de punition si l’on a bégayé sur plus de dix mots pendant la journée?

Cessons de culpabiliser sur notre parole! On n’a pas besoin de ce sentiment.

La société me dit : Oui mais…tu n’a jamais été suivie en orthophonie ou en psychologie de façon sérieuse. En plus, tu n’as jamais jeûné, ni été hypnotisée pour te débarrasser de ton bégaiement…Tu n’as jamais rencontré de magnétiseur ou de lithothérapeute non plus. Et tu ne veux pas te lever à 5h du matin pour faire 30 minutes de lecture à voix haute avec des billes dans la bouche chaque matin avant d’aller travailler? L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt! C’est quoi dans une vie, se lever aux aurores pour avoir l’assurance d’avoir une parole parfaitement fluide et exempte de toute trace de bégaiement? Fais une femme de toi!

Je vais vous dire un secret : quand j’étais plus jeune, je pensais que lire des livres à voix haute m’aiderait à moins bégayer. Pendant quelques années, j’ai donc pratiqué religieusement ce rituel. Qui plus est, la lecture à voix haute est ma bête noire. Quelques années plus tard, je bégayais toujours. J’ai donc mis fin, du jour au lendemain, à cet exercice qui grugeait de précieuses minutes de mon temps. Je me suis sentie libérée d’un poids énorme sur les épaules.

Il y a trois ans, j’ai obtenu ma maîtrise et je suis entrée sur le marché du travail, avec un emploi à temps plein, de jour. Ce qui me laisse, quel bonheur, des soirées libres. J’ai enfin du temps pour « avoir une vie ».

La société me dit : Oui mais…au lieu d’avoir une vie comme tu dis, tu devrais plutôt utiliser tes soirées de façon constructive et rentabiliser chaque minute de ton temps! C’est-à-dire, travailler avec acharnement sur ton bégaiement, pour le faire disparaître! Allez hop, au boulot!

Mais au-delà de la gestion de mon temps, les gens qui me connaissent bien dans le merveilleux monde du bégaiement savent que ma devise est : « Pourquoi travailler sur soi quand on peut travailler avec les autres? ».

Je pense de cette manière, puisque j’ai choisi mes batailles. Je ne me bats plus contre mon propre bégaiement, je me bats plutôt pour la démystification du bégaiement dans la société.

J’estime que c’est plus rentable.

1% de la population adulte bégaie, sans distinction de cultures, de langues ou de classes sociales. Et on vit dans une société de performance, où l’imperfection n’est pas tolérée. On doit obtenir des notes excellentes à l’école, des performances sportives parfaites, et plus tard, on veut une maison, un terrain, un mariage et des vacances parfaites. Pourquoi l’élocution échapperait-elle à cette obsession de la perfection?

Pour ma part, je pense qu’il y a tout un travail de démystification, de sensibilisation, mais surtout, de « marketing », à effectuer autour du bégaiement. Il faut améliorer l’image du bégaiement dans la société. Rendre le bégaiement acceptable et accepté. C’est pour moi un objectif à long terme. Un travail de longue haleine et en constante évolution, qui nécessite une patience à toute épreuve et une détermination sans failles. Un travail d’équipe. Heureusement, je ne suis pas seule à y consacrer temps et énergie.

En cette époque axée sur les communications, les médias sociaux, la science et l’information, je trouve inacceptable que le bégaiement soit aussi mal connu dans la société.

Il en reste encore beaucoup à faire. Malgré tout, j’ai de l’espoir pour l’avenir des personnes qui bégaient, pour les enfants qui bégaieront et pour les générations à venir. Le temps où le bégaiement était considéré comme la marque du diable est loin derrière nous, heureusement.

Je dois dire que le fait de participer à des événements qui font la promotion de l’acceptation du bégaiement, tels que les congrès de la National Stuttering Association (NSA), aux États-Unis, me donne l’étincelle que j’ai besoin pour communiquer sur le bégaiement de manière constructive, à l’échelle locale, comme je le fais présentement.

Sur ce, plutôt que de culpabiliser car je n’ai pas fait 30 minutes de lecture rythmée à voix haute ce matin, je vais me féliciter de tout mon travail acharné accompli dans le monde du bégaiement.

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Why working on ourselves when we can work with other people?

Typical discussion about stuttering, with a fluent person, that I will call “Eugénie” to give her a human shape. “Eugénie” represents, according to your choice, a friend of a friend, an aunt that we meet only one time a year during the Holidays, the cashier at the restaurant or the stranger in the metro.

Ad. Stories – (with sparkles in the eyes, a smile and a lot of enthusiasm) : This summer, I went in a conference about stuttering!

Eugénie – Oh, I know someone that used to stutter! The brother-in-law of the friend of the colleague of my cousin stuttered when he was a child!

Ad. Stories – (Oh no! Another fluent person who thinks she is an Expert in Stuttering!)

Eugénie – …But he does not stutters anymore now! He worked SO hard to get rid of his stuttering!  If  we want, we can! We just have to make a lot of efforts to pull through!

Ad. Stories – (Sight of exasperation and lack of enthousiasm).

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I had this kind of discussions many times in my life with fluent people. Each time, I thought to stop my good resolutions to talk freely about stuttering (Advertising, as my English-speaking friends would say!). Each time, my enthousiasm diminishes.

Am I the only one who is upset by this kind of conversation? Am I the only one who does not like the reference to the laziness, efforts and willingness? Am I the only one who blames herself?

What is the correlation between “working hard on our speech”, that could allows, in the popular mentality, to talk with a very fluent speech?

And tell me…what really means “working hard on our speech”?

  • Reading out loud during 30 minutes each day, everyday, even in Holidays, the day of our birthday and in Christmas?
  • Even better, one hour each day? Is it enough?!
  • Talking with a fake accent, singing my words, or always talking with a metronome rythm, and doing a rythm with the fingers during a discussion with friends? Goodbye the spontaneously and the natural!
  • Don’t eat dessert at supper as a punishment if you stutter on more than 10 words during the day?

We have to stop blaming ourselves about our speech! We don’t need this feeling.

The society tells me : Yeah…but…you never met a speech-language pathologist, a psychologist, or an energy therapist. You never get hypnosis for your stuttering. And you don’t want to get up at 5 AM to do breathing exercices, relaxation and reading 30 minutes each day with pebbles in the mouth before going to work. The future belongs to early birds! You have to get up early in the morning to have the certainty to have a perfect and fluent speech without any trace of stutter!

I will share a secret with you. When I was younger, I thought that reading books aloud would helped me to stutter less. During a few years, I practiced this ritual every single day. Plus, reading aloud is my weakness. Some years later, I am still stuttering. I decided to stop that boring exercice that took a lot of my precious time. And you know what? I felt an enormous weight off my shoulders.

Three years ago, I obtained my master degree and I started to work, with a full time and 9 to 5 job. So I had a lot of free evenings. I can « have a life »!

The society tells me : Yeah…but…instead « having a life » as you said, you should use your free time in a constructive way and make profitable each single minute of your time! E.g.: working so hard on your stuttering and make it disappear! Let’s go, WORK!

Beyond the management of my free time, people who knows me in the wonderful world of stuttering knows that my motto is : Why working on ourselves when we can work with other people?

I have this way of thinking because I choosed my battles. I don’t fight against my own stutter, I fight for the demystification of stuttering in the society.

I think that it’s more profitable.

1% of the adult population stutters, regardless the cultures, the languages and the social classes. And we live in  society where the imperfection is not tolerate. We have to get perfect grades at school, perfect performances in sports, and later, we want to get a perfect house, a perfect marriage and perfect vacations. The speech also need to fit in this obsession of the perfection.

In my case, I think that there is still a lot of work to do, about demystification and advertising. Above all, we have to work about marketing of stuttering. We have to improve the image of stuttering in the society. Making the stuttering acceptable and accepted. This is for me, a long-term goal. A goal in work-in-progress that needs a lot of patience and determination. A teamwork. Fortunately, I am not the only one who is still working on it.

In our modern society, with the importance of communications, social medias, sciences and information, I think that all the misconceptions about stuttering are unacceptable.

There is still a lot of work to do to in this way. However, I have hope for the future of the people who stutter, for the children who will stutter and for the next generations. The era when the stuttering was the sign of the devil is away behind us, fortunately.

I attend events that promote stuttering acceptation, such as the Conference of the National Stuttering Association (NSA), in United States. It gives me the courage to communicate positively and locally about stuttering, as I actually do.

Instead of feeling guilty because I did not read aloud with the rythm of a song during 30 minutes this morning, I will congratulate myself for all my hard work in the Wonderful World of Stuttering.

Pourquoi travailler sur soi quand on peut travailler avec les autres?- Why working on ourselves when we could work with other people?

L’année 2015! / The year 2015!

La fin de l’année 2015 – et le début de la nouvelle année 2016 m’ont inspirée cet article.

À l’aube de l’année 2015, je commençais tout juste à m’impliquer dans le Merveilleux Monde du Bégaiement. Même si je voulais continuer sur cette lancée, sans trop savoir où ça allait me mener, j’étais loin de me douter de ce que 2015 allait me réserver. Ce fut une année très riche en projets et implications de toutes sortes!

Voici donc un bilan de dix évènements heureux (top 10) qui se sont déroulés pour moi, dans le Monde du Bégaiement – pas dans un ordre particulier.

En 2015, j’ai…

1- Participé à l’organisation d’une Journée-rencontre sur le bégaiement en français;

2- Lancé mon blogue Advertising Stories;

3- Participé au congrès de la National Stuttering Association à Baltimore (une aventure inoubliable!!!);

4- Commencé à m’impliquer au conseil d’administration de l’Association des bègues du Canada;

5- Été panéliste en anglais dans un évènement sur le bégaiement à Toronto, organisé par la Canadian Stuttering Association;

6- Donné une conférence sur le bégaiement et la persévérance aux études;

7- Collaboré à un épisode du podcast Stuttering is cool avec une capsule humoristique sur la démystification du bégaiement;

8 Accru ma présence sur les médias sociaux en lien avec le bégaiement  (Facebook, Twitter…);

9- Osé parler librement du bégaiement;

10- Créé des liens avec des personnes fantastiques!!;

Et maintenant, quels sont mes projets pour 2016? Je veux tout simplement continuer à m’impliquer, participer à d’autres évènements sur le bégaiement, que ce soit au Québec, au Canada ou ailleurs dans le monde (Atlanta, here I come!!). Je veux rencontrer des personnes qui bégaient, saisir toutes les opportunités et tous les moyens que j’ai pour communiquer sur le bégaiement. Pas pour promouvoir une fluidité exemplaire à tout prix, mais pour démystifier le bégaiement, sensibiliser, et surtout, en parler de façon positive. Oui, on peut être heureux avec le bégaiement.

Merci à mes lecteurs, à tous mes amis qui partagent cette aventure avec moi. Une heureuse année 2016 à tous 🙂

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The end of the year 2015, and the new year 2016 inspired me this article.

When the year 2015 started, I just began to be involved in the Wonderful World of Stuttering. I wanted to continue to stay active, but at that moment, I didn’t expect to have a year 2015 full of projects, opportunities and new meetings! 2015 was an amazing year, a turning point for me.

This is a « top 10 » of my best moments/achievements/events in 2015, in the Wonderful World of Stuttering – Not in a particular order.

In 2015…

1- I co-organized a meetup day about stuttering in French;

2-I launched my blog Advertising stories;

3- I went to the National Stuttering Association Conference in Baltimore (an unforgettable adventure!!);

4- I started to be involved in the board of directors of the Association des bègues du Canada;

5- I was a panelist in English about stuttering in a event organized by the Canadian Stuttering Association, in Toronto;

6- I gave a speech about stuttering and school persistence;

7-I collaborated on an episode of the podcast Stuttering is Cool, with an humorous report about stuttering myths;

8- I was more involved on social medias related to stuttering (Facebook, Twitter…) ;

9- I talked freely about stuttering ;

10- I met fantastic people and friends!!! ;

What are my projects for the new year? I just want to continue my involvement, participate in stuttering events, in Québec, Canada and elsewhere in the world (Atlanta here I come!!). I want to meet people who stutter, communicate about stuttering as often as possible. Not for promoting a perfect fluency, but for demystify stuttering and talk about it in a positive way. It’s possible to be happy with stuttering.

Thanks to all my readers, and to all my friends who share this journey with me. Happy new year to everyone 🙂

 

 

 

 

 

L’année 2015! / The year 2015!

Baltimore, 2015, j’y étais! L’après, partie 2. Baltimore, 2015, I was there! After, part 2

De retour à Montréal, j’avais enlevé mon masque. J’étais authentique, je débordais de joie de vivre. J’engageais la conversation avec des inconnus. Des inconnus qui devaient se dire : « Elle est bizarre, cette fille. Pourquoi elle vient me parler?! Je ne la connais même pas! ». Je pratiquais l’Advertising Libre partout, tout le temps. Au bureau, chez le dentiste, à la banque, à l’arrêt d’autobus, sur les médias sociaux.

Qu’est-ce que j’ai appris?
  • Quand tu as appris que tu pouvais prendre ce que la société juge comme étant un Handicap Terrible et Dramatique et t’en servir comme prétexte pour faire une tonne de choses que tu aimes,  tu n’es plus intéressée à faire semblant de ne jamais avoir vu la couleur de cette Chose Horrible et Monstrueuse et à faire semblant d’être née avec une parole « parfaite ». Je ne suis pas parfaite, d’accord? Mais qui l’est?
  • Quand tu apprends que la communication va bien au-delà de la fluidité de la parole, que tu as une volonté irrésistible de communiquer avec les gens, même si c’est dans ta langue seconde, tu constates que la beauté de la communication, c’est l’authenticité et l’être humain qui est derrière.
  • Quand tu parles simplement avec des parents d’enfants qui bégaient, que tu les rassures en leur disant que le bégaiement n’est pas leur faute et que mieux encore, les parents en question te perçoivent comme un modèle pour leur enfant, les principes « d’avoir un enfant parfait, plus beau et plus performant que ceux des voisins » prennent le bord. Je ne suis pas parfaite et je bégaie, l’ai-je déjà dit?  J’ai envie de dire à toutes les Léa, Léa-Rose, Léa-Lou et Léa-Lola de la nouvelle génération qu’elles ont la permission de défaire leurs nattes blondes et refuser de manger tout le contenu de leur assiette.
  • Quand tu crées des liens avec environ 100 personnes en une semaine, des gens de 7 à 77 ans des quatre coins de l’Amérique du Nord et d’ailleurs dans le monde, tu apprends qu’il y a un univers à découvrir au-delà de ton petit monde.
  • Quand tu fais la connaissance de gens qui ont une soif de vivre et une résilience qui vient avec leur bégaiement, tu reviens à la maison en ayant moins de tolérance face aux jérémiades pour des choses futiles et/ou incontrôlables, comme le temps qu’il fait dehors ou le fait d’avoir un minuscule bourrelet que personne ne remarque, sauf toi-même.
  • Quand tu rencontres des gens qui ont un parcours de vie différent du trio mariage-enfants-maison-et ça urge avant 28 ans, et que tu te poses la question : est-ce que ces personnes ont raté leur vie car ils/elles n’ont pas suivi les standards de « réussite » préétablis par la société? Et mieux encore, j’ai rencontré des personnes qui bégaient et qui vivent des réussites professionnelles, scolaires, sociales, ou autres. Je me rappelle d’un moment où j’étais assise quelque part dans la salle pendant une session à micro ouvert et cette constatation m’avait frappée. Mes propres préjugés et tout ce que la société avait tenté de m’inculquer de négatif à propos du bégaiement venaient de s’effondrer, à mon plus grand soulagement. Le bégaiement n’était donc plus synonyme d’échec, de malheur, de tare, de fatalité ou de faute grave.
  • Quand tu te rends compte que ce qui tu es heureuse dans la vie, que tu as un emploi que tu aimes, la santé, et que tu es bien entourée, mais qu’au-delà de cela, écrire, communiquer, parler, voyager, rencontrer des gens, créer, développer des projets et t’impliquer dans une cause qui te tient à cœur te permet de t’épanouir dans d’autres sphères de la vie, tu en viens à remettre en question certains standards typiques de réussite sociale. Serais-je plus heureuse avec une voiture de l’année, une grosse maison avec une statue de lion devant l’entrée, une hypothèque, un nouveau lave-vaisselle, une immense télévision et du matériel à profusion?

Baltimore m’a changée. Pour le mieux.

Attendez une minute.

Est-ce que je viens d’écrire un texte d’éloge au lâcher-prise? Pourtant, ce n’est tellement pas mon fort.

On se voit à Atlanta!

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When I was back in Montréal, I decided to put off my mask. I just was myself, full of happiness. I started conversations with strangers. These strangers probably thought to themselves : « This girl is weird. Why did she talk to me? I don’t even know her! » I advertised freely everywhere, everytime. At my workplace, at the dentist office, at the bank, at the bus stop, on social medias.

What did I learn?

  • I learned that I could turn something that the society judge as a Terrible and Dramatic Disability as a pretext to do a lot of things that I enjoy. So I am not even interested to pretend never had this Horrible and Horrendous Thing and pretend to be born with a « perfect » speech. I am not perfect, right? But who is?
  • I learned that the communication is more than the fluence of speech. I had an irresistible willingness to communicate with people, even if it was in my second language. I noticed that the communication is just the honesty and the human being behind it.
  • I talked with parents of children who stutter. I reassured them and I told them that stuttering was not their fault. Even better, parents perceived me as a role mode for their children. I am not perfect and I stutter, did I already say it?! So, the mentality to raise perfect kids who are better than the neighbours have no more value.  I just want to tell to every Léa, Léa-Rose, Léa-Lou and Léa-Lola of the new generation that they could disarrange their perfect little blond ponytails and refuse to eat all the content of their plate…
  • When you talk with about 100 people in one week and you make new friends aged 7 – 77 years old, across North America and around the world, you learn that there is a universe beyond your little world.
  • When you met people with happiness and resilience with their stuttering, you return home with less tolerance for the whining about things that you can’t control, such as the weather or a tiny bead that nobody note, except yourself in the front of the mirror.
  • I met people with journeys outside the pattern « marriage-kids-house before 28 years old because without this, my life will be a failure ». Did these people really fail their life because they did not follow the « successful standards » in the society? Even better, I met a lot of people who stutter who have success at school, at work and in their private life. I remember a moment when I was sitting in the room for an open mic session, surrounded by hundreds of people who stutter, and I had that thought. My own prejudices and all the negative thoughts that the society tried to teach me about stuttering had not more value at this moment. Stuttering is not a synonym of failure, sadness, disaster, sin or dramatic thing.
  • I realized that I am happy in my life. I have a good job, health, family, friends…but beyond this, writing, talking, communicate, traveling, meeting people, creating, developing new projects and being involved in a cause makes me happy. Will I be happier with a new car, a big house with a lion statue in the front of the door, a mortgage, a new dishwasher, a new TV and more material than I have right now?

Baltimore made me change, in a good way.

Just wait a minute…did I write an article about letting go? Usually, this is not my forte.

 

See you in Atlanta!

Baltimore, 2015, j’y étais! L’après, partie 2. Baltimore, 2015, I was there! After, part 2

Baltimore, 2015, j’y étais! – L’après, partie 1 – Baltimore, 2015, I was there! After, part 1.

Avant de partir à Baltimore, j’avais eu une conversation sur Facebook avec mes partenaires de voyage, qui allaient partager une chambre avec moi. Je disais qu’il y allait avoir un « avant Baltimore », qui allait se lire ainsi:

  • M’interroger à savoir si j’allais porter ma robe à crinoline lors du banquet du samedi soir, ou si j’allais plutôt adopter le style vestimentaire « cabane à sucre », avec des cuillères en bois et un chapeau de castor, comme dans tous les bons vieux clichés québécois;
  • Aller voir le film Inside Out, et songer sérieusement à troquer ma robe à crinoline contre un déguisement du personnage de Joy (robe verte et perruque bleue) question de montrer à mes futurs nouveaux amis américains que le bégaiement n’a affecté en rien ma joie de vivre;
  • Faire le ménage de l’appartement;
  • Et bien d’autres.
 Je savais qu’il y allait avoir aussi un « après-Baltimore ». Je disais en riant que ça allait changer notre vie, et tout et tout.
 Je le répète : EN RIANT. Je prenais « l’après-Baltimore » bien trop à la légère.
 Come on, là! Tu ne pars pas faire le tour de l’Asie pendant un an avec le sac au dos et 10 yens dans tes poches! Tu ne prends même pas l’avion! Tu pars juste pendant une semaine, dans le pays voisin du tien!
 Ça n’avait rien à voir avec une longue fin de semaine à New York, un séjour en camping ou un tout-inclus dans le Sud. Parce que je le dis sérieusement : j’ai vu la beauté de l’être humain. Et ce voyage m’a fait changer ma philosophie sur le bégaiement, les relations humaines et certaines choses de la vie.
 La fin de l’été 2015 a été une période étrange. De retour au Québec, je vivais une sorte de choc du retour, chez moi, dans mon environnement familier.
 
– Je finis ma maîtrise à 24 ans, je me marie à 25 ans, je m’achète une maison en banlieue à 26 ans, je tombe enceinte de Léa à 27 ans, j’obtiens une promotion à 28 ans et je tombe enceinte de Thomas à 29 ans. À 30 ans, j’aurai donc réussi dans la vie!
– Léa et Thomas mangeront de la nourriture biologique, végan et sans gluten, mais ils auront une politesse exemplaire et une excellente capacité d’adaptation, alors ils finiront toute leur assiette sans rechigner si on va souper chez des amis et qu’il y a des hamburgers ou du poulet au menu. Ils seront quadrilingues, feront du hockey, de la danse, de l’improvisation, du patinage artistique, de la méditation et de la guitare, seront premiers de classe et sauront où se trouve Sao Tomé et Principe sur un globe terrestre.
– Je ne suis jamais sorti de ma petite ville, j’ai toujours côtoyé mon groupe d’amis qui me ressemble, qui écoute la même musique que moi, qui vote pour le même parti politique que moi aux élections et qui magasine aux même boutiques que moi. Traverser le Pont Champlain pour aller à Montréal? Jamais de la vie! (panique et hyperventilation).
– Il pleut dehors. Nos vacances d’été sont gâchées!
– J’ai pris 2 livres. Ma vie est foutue. En plus, j’ai des cheveux gris et des pattes d’oie! (insérer ici une trame sonore de fin du monde).

Bienvenue à la maison.

J’étais au-dessus de tout ça. Je trouvais ce genre de propos tellement futile.

Le paraître au lieu de l’être. L’obsession de la perfection, du corps parfait, de la vie parfaite, des vacances parfaites et de paraître parfait. Le refus de sortir de sa zone de confort. La conformité. La peur de déplaire aux parents, aux voisins, aux amis, aux étrangers. Je n’étais plus capable.

 J’ai brillé par mon absence à certaines activités familiales et sociales. Je savais bien trop que j’allais avoir des comptes à rendre, et je n’avais tellement pas envie de rendre des comptes. Des comptes du style : T’as fait quoi dans tes vacances? Tu as voyagé? Où, avec qui, tu as  visité quoi, quelle date?
 Je ne voulais pas me compliquer la vie. Je voulais de la simplicité, de l’authenticité, des relations vraies, de la vérité, de l’honnêteté. Cette simplicité que j’avais expérimentée aux États-Unis me manquait.
(La suite est à venir!)
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Before going in Baltimore, I had a conversation on Facebook with my roommates. I said that there will have a period  called « Before Baltimore »:
  • Will I wear a puffy dress for the saturday night banquet, or will I decide to wear sugar-shack-style clothes with wood spoons and a beaver hat, just like the typical quebecer stereotypes?
  • Watching the movie Inside Out, and thinking seriously to wear the costume of Joy (green dress and blue wig) instead of my puffy dress, because I wanted to show to all my new american friends that my stuttering doesn’t affect my happiness.
  • Cleaning the apartment.
  • And many more.
I knew that there will also be a period called « After-Baltimore ». I laughed and I said that this travel will change our life.

I repeat it. : I LAUGHED. I did not anticipate so much the « After-Baltimore » period.

Come on! You are not coming in Asia during one year with a backpack and 10 yens in your pockets! You don’t have to fly! You only leave for a week, in the country near from yours!

It was not like a long weekend in New York, a camping trip or a week in Cuba. I tell it seriously : I saw the flourish of the human being. And this trip helped me to change my own philosophy about my stuttering, human relationships, and life.
The end of the summer 2015 was a strange period for me. I was in such a cultural shock, at home,  in my familiar environment, in my country.
– I will finish my master degree at 24 years old, I will get married at 25, I will buy a house in the suburbs at 26, I will be pregnant of my first daughter at 27, I will obtain a promotion at 28, I will be pregnant of my son at 29. So at 30 years old, my life will be successful!
– My kids Lea and Thomas will eat biologic and vegan food, gluten free, but they will be polite and adaptative, so they will eat everything without whining when our friends will invite us to dinner and serve us hamburgers and chicken. My kids will speak 4 languages, practice hockey, dance, impro, figure skating, meditation and guitar, they will be the best students of their school and they will know where is Sao Tomé and Principe on the globe.
– I never went out of my little town, I always have the same group of friends who are just like me. We listen the same music, we vote for the same political party and we shop at the same places. Taking the Champlain Bridge for going in Montréal? Never! (Panic reaction and hyperventilation).
– It’s raining outside. Our summer vacations are a failure!

– I gained 2 pounds. My life sucks. And I have grey hair and wrinkles! (end of the world-style music).

Welcome home!

I thought that these sentences were frivolous.
Looking good were more important than just being. There was the obsession of perfection, perfect body, perfect life, perfect vacation, and perfect appearance. The fear of going out of our confort zone. The conformity. The fear of displeasing our parents, our neighbours, our friends, and perfect strangers.
I could not take it anymore.
So I decided to be absent in some social events and family activities. I knew that I would have to tell every details of my life to everybody, and I was not sure that I really wanted it.
What did you do this summer? Did you travel? Where did you go in vacation? Who was with you? Which attractions did you visit? When did you have a vacation?
I just wanted to make my life less complicated. I wanted simplicity, true relationships, verity, honesty. I missed the simplicity that I experimented when I went in USA.
(The next part will come soon!)
Baltimore, 2015, j’y étais! – L’après, partie 1 – Baltimore, 2015, I was there! After, part 1.