Texas, générations et avenir

Je reviens du Texas, où se déroulait le plus récent congrès de la National Stuttering Association (NSA).

Pendant et après le voyage, j’ai eu des échanges intergénérationnels vraiment intéressants. Les perceptions du bégaiement à travers les âges,  je trouve ça fascinant.

Les deux premiers jours ont été difficiles. J’ai fait des choix d’ateliers qui finalement, ne correspondaient pas à ce que je recherchais, ou à ce que j’avais envie d’entendre.  Je trouvais ça lourd et j’avais l’impression de ne pas profiter suffisamment du moment présent. Désirant me plonger dans une ambiance différente, j’ai opté pour une solution drastique : me faufiler discrètement dans un atelier destiné… aux enfants.

Mais qu’est-ce que j’allais faire là-bas? Je n’ai pas d’enfants. Je ne suis ni éducatrice en garderie, ni orthophoniste pour les tout-petits. Et j’ai le triple de l’âge du public ciblé.  Mais vous savez quoi? Me présenter là-bas fut une bonne décision (enfin!).

Je regardais les murs de la salle qui étaient tapissés de bricolages et de dessins arborant des slogans  tels que « Le bégaiement est mon super pouvoir » ou « C’est correct de bégayer » (traductions libres), visiblement écrits par des mains d’enfant.

Je trouvais ça beau.

J’écoutais les échanges entre l’adolescent qui animait l’atelier et les enfants présents. On parlait de l’importance d’être à l’aise avec son bégaiement. Du fait que les personnes qui bégaient ne se résument pas qu’à leur bégaiement. Qu’on peut accomplir nos rêves malgré notre bégaiement. Et que le bégaiement n’est pas un synonyme de timidité.

En sortant de l’atelier destiné aux enfants, ça m’a donné espoir quant à l’avenir du bégaiement. Que des enfants soient capables d’affirmer que It’s okay to stutter sonne comme de la musique à mes oreilles. Un vent de fraîcheur.

Je fais partie de la génération Y, née quelque part dans les années 1980. Il me semble que, quand je repense à mon enfance, personne ne parlait du bégaiement, et encore moins pour dire que it was okay.

L’avenir du bégaiement est un sujet qui me tient à cœur. Cette année, à Dallas, je voulais écouter davantage et parler moins. Tout de même, j’ai pris la parole dans une session à micro ouvert. Je voulais inviter les gens présents à réfléchir sur le sujet.

Les mentalités concernant le bégaiement changent. Les connaissances scientifiques et la recherche sont en constante évolution. On n’a qu’à relire des publications, des sites internet ou des livres sur le bégaiement qui datent de quelques années. Le grand ménage des livres et des documents offerts aux membres de l’ABC, que les administrateurs ont effectué l’hiver dernier, en témoigne également.

Je pense que nous, les personnes qui bégaient, avons un grand rôle à jouer et un leadership à assumer dans la construction du futur du bégaiement. De quelle façon veut-on que le bégaiement soit perçu dans le futur? Que souhaite-on pour les prochaines générations de personnes qui bégaient?

Pour ma part, voici, en vrac, ce dont j’ai envie :

  • Plus d’inclusion, moins de discrimination envers le bégaiement
  • Plus de connaissances scientifiques sur le bégaiement, moins de clichés et d’idées préconçues
  • Plus d’acceptation de soi et moins de gens complexés par leur bégaiement
  • Moins de bizarreries et de faussetés qui circulent à propos du bégaiement. Les histoires de régimes alimentaires anti-bégaiement, d’ésotérisme et de soi-disant « thérapies miracles »…Je ne suis plus capable. Et je suis encore sidérée de voir quotidiennement ce genre de propos sur des groupes d’entraide sur Facebook conçus par et pour les personnes qui bégaient. Et de voir qu’il y a des gens qui y croient.
  • Plus d’honnêteté, moins de tabous. Briser le trop grand silence qui entoure trop souvent le bégaiement. J’aimerais que les personnes qui bégaient osent en parler davantage. Au lieu d’en avoir honte ou de chercher à le cacher à tout prix, ne devrait-on pas l’aborder ouvertement?
  • Moins de quête de la fluidité parfaite (source de frustration ou de découragement)!
  • Plus de solidarité, plus d’échanges réels ou virtuels, moins de solitude. Je n’arrive pas à croire qu’encore aujourd’hui, de nombreux adultes qui bégaient n’ont jamais eu l’occasion de rencontrer leurs semblables. J’entends régulièrement ce genre d’histoire, et ce fut aussi la mienne pendant trop longtemps.
  • Plus de publications inspirantes sur le bégaiement (livres, blogues, recherche, médias sociaux…) et moins de contenu culpabilisant!

Et vous, que souhaitez-vous pour l’avenir du bégaiement?

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