Toastmasters…à l’ère des médias sociaux

Ce printemps, j’ai assisté à six rencontres des Toastmasters. Parfois seule, parfois en compagnie de mes collègues et amies Geneviève et Lidia. Je n’ai pas fait de discours encore, mais j’ai participé à plusieurs séances d’improvisation et expérimenté divers rôles. Dès la deuxième rencontre, je me portais volontaire pour prononcer un toast.

Pas mal pour une fille qui a déjà échoué des exposés oraux à l’école.

Parfois, je quittais la rencontre et marchais vers le métro Laurier en ayant l’impression de flotter. Je me sentais courageuse. Non, pas courageuse. Téméraire. Terriblement téméraire. Audacieuse. Rebelle. Libre. Profondément libre.

Et c’était grisant.

Mais je retombais vite sur terre lorsque des extraits de blogues, de publications sur les médias sociaux, de baladodiffusions, ou toute littérature écrite par des personnes qui bégaient affluaient à ma mémoire.

  • Jadis, j’étais incapable de prononcer un mot sans bégayer. Maintenant, 21 trophées, prix et rubans de concours oratoires locaux et internationaux décorent mon salon.
  • Faire du théâtre/de l’improvisation/de l’art oratoire m’a permis d’aimer la prise de parole en public/de vaincre ma timidité/de devenir ultra extraverti à la conversation intarissable, que l’on parle de l’histoire du Pérou, des séries au hockey, des tendances en matière de maquillage ou des prévisions météo du lendemain.
  • Je suis membre des Toastmasters depuis 29 ans malgré mon bégaiement et j’ai été mentor de 14 personnes à la parole fluide.
  • Voici mon dernier discours, n’hésitez pas à me laisser vos commentaires! (avec un lien vers un vidéo sur Youtube, qui a récolté 189 mentions J’aime et 143 félicitations et autres renforcements positifs).

Ouf…je lisais ça et ça me mettait une pression terrible sur les épaules.

Moi, je cherchais un déclic. Une étincelle. Quelque chose à quoi me raccrocher. Je me demandais ce qui n’allait pas chez moi, puisque je ne me reconnaissais pas dans ces modèles qui m’apparaissaient inaccessibles.

Semaine après semaine,  je ne trouvais pas de réponse à mes questions. Ça prend combien de temps, avant que j’aie la piqûre? Des jours, des semaines, des mois, des années? Est-ce moi qui recherche trop une gratification immédiate? Est-ce normal que je n’aie aucunement envie de partager mes prestations à mes 300 amis Facebook et à mes 60 amis Twitter? Est-ce normal que ça me cause un Grand Malaise si l’on compte le nombre de « mots de remplissage » que je dis? Est-il normal que j’aie de la difficulté à trouver des idées (géniales ou pas) en direct lors des séances d’improvisation?

Parfois,  je n’avais aucun plaisir. Et, très important, la notion de plaisir faisait partie de mes motivations à être présente.

On me demandait, dans les tours de table, en tant qu’invitée, pourquoi j’étais venue. Je répondais, enthousiaste et enflammée, que j’étais co-administratrice d’un organisme de soutien pour personnes qui bégaient et que je voulais avoir du plaisir à parler en public « avec » mon bégaiement. Plutôt que de chercher à le camoufler, je l’exhibais en toute franchise à mes interlocuteurs.  Qui plus est, je le présentais comme si le bégaiement était un ami plutôt que l’ennemi à combattre.

Ce faisant,  je me sentais outrageusement téméraire et libre. Voir même effrontée et déplacée, dans un monde où l’on comptabilisait rigoureusement le nombre de « euh », de « ben » et de « tsé » que j’osais dire. Et où ce nombre était dévoilé. Armand : 14. Antoine : 12. Amanda : zéro. Aud : 29. Si j’avais fait un discours, le nombre aurait grimpé de façon vertigineuse.

Dis-moi, cher collègue blogueur ou youtubeur, comment te sentais-tu lors de ce moment fatidique? Est-ce que, comme moi, le cœur te débattait?

J’étais dans la comparaison. En plus des modèles des personnes qui bégaient-et-qui-ont-changé-leur-vie qui venaient constamment me hanter, je me comparais aux autres participants à la parole fluide. Avec mon bégaiement, j’avais l’impression d’être toujours à la traîne derrière les autres.

Je me faisais du mal.

J’ai pris une pause pour une durée indéterminée.

Est-ce que je reviendrai? Est-ce que j’essaierai un autre club? Pour l’instant, je n’ai pas de réponse autre que « peut-être ».

Je me demande à quel point mon expérience aurait été différente si je n’avais pas eu inconsciemment cette pression de ressembler à tous ces modèles de personnes qui bégaient dont je lisais les aventures dans leurs blogues respectifs ou sur Facebook. J’ai besoin de modèles plus réalistes, plus ordinaires, plus accessibles. J’ai envie de lire un discours plus nuancé, plus terre à terre, moins sensationnaliste dans les communautés virtuelles de personnes qui bégaient. Je ne veux pas de prix, de trophées, de médailles ou de rubans. Je ne veux pas me métamorphoser en animal social extraverti, mais en même temps, je ne me reconnais pas dans les clichés typiques associés au bégaiement dans la culture populaire. Je ne me reconnais pas dans les choix que l’on me propose.

Je m’appelle Audrey. Je suis fière de communiquer sur le bégaiement. Et dans toute ma complexité et mes contradictions, je suis fière de dire que ma séance d’improvisation du 3 mars n’apparaît pas sur Youtube.

Toastmasters…à l’ère des médias sociaux

Le Grand Ménage

Le Grand Ménage…ou une tranche de vie de mon implication en tant que membre du conseil d’administration d’un organisme de soutien aux personnes qui bégaient

Un beau soir de janvier 2017, deux collègues du conseil d’administration de l’ABC et moi-même avions décidé de commencer l’année du bon pied. Installées dans le minuscule local de la rue Christophe-Colomb, des tasses de chocolat chaud à la main, nous nous sommes attaquées à une tâche colossale, mais oh combien nécessaire : le grand ménage des documents offerts à nos membres.

Petit récapitulatif : l’ABC a été fondée en 1985. Nous n’étions même pas encore nées. Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Les mentalités concernant le bégaiement ont évolué. La science a progressé. Et j’ai l’impression que le Grand Ménage n’avait pas été effectué depuis belle lurette. En ce sens, nous avons tourné une page importante dans l’histoire de l’ABC.

Dans les rayons empoussiérés, nous avons vu plusieurs documents et ouvrages qui nous ont fait froncer les sourcils, rire jaune, crier, ou qui nous ont scandalisées.

Plusieurs d’entre eux avaient un contenu désuet, ou carrément erroné. En 2017, est-il normal d’entendre encore des idées disant que le bégaiement est causé par un choc émotif ou a un lien avec l’apprentissage de la propreté, voire le rejet de la mère ?

Certaines références ont été désignées, mi-figue mi-raisin, sous la catégorie « Alerte : contenu dangereux pour l’estime de soi ». Des sources qui, sans vouloir entrer dans les détails, étaient truffées de propos culpabilisants, moqueurs ou réducteurs du potentiel des personnes qui bégaient.

À titre de membre du conseil d’administration de l’ABC, ma conscience m’empêche de recommander ce genre de contenu aux membres.

À l’ère d’internet, ouvrir un livre reste encore d’actualité. Un livre est un outil fantastique pour s’ouvrir, apprendre et découvrir. Encore faut-il que le livre véhicule un message sain et positif.

J’ai lu de merveilleux livres sur le bégaiement, qui m’ont aidée à cheminer. Personnellement, je trouve tellement rafraîchissant de lire autre chose que des ouvrages axés strictement sur la fluidité de la parole. Autre chose que des histoires où les personnages qui bégaient sont dépeints comme étant faibles ou qui font pitié.

Il ne faut jamais sous-estimer l’impact d’un livre, d’un blogue, d’un site Web ou d’un dépliant pour communiquer sur le bégaiement.

La liste des sources disponibles à l’ABC est accessible sur notre site internet. N’oubliez pas que des prix réduits sur les livres et la documentation sont offerts aux membres en règle. Vos suggestions de lectures sont également les bienvenues !

Le Grand Ménage

C’était en 2003

Cette année-là, je terminais mes études secondaires. Comme plusieurs personnes, au mois de janvier, j’avais rédigé une liste de résolutions, question de partir l’année du bon pied.

Résolution #1 – « Me débarrasser de mon bégaiement ».

Eh oui. Au premier rang de mes résolutions. En tête de liste, rien de moins. Avant même : « Obtenir mon permis de conduire », « M’inscrire au cégep » ou « Aller à mon bal de finissants ».

On est bien loin des classiques « Être un modèle de zénitude en tout temps », « Être une gentille petite fille sage ou un bon garçon » ou « Cesser de manger des jujubes en forme de grenouille ».

Vous avez bien lu.

Non, mais, qu’est-ce qui m’a pris d’écrire ça!! Quel plan de fou!

Trop ambitieuse? Trop complexée? Trop rêveuse? Pas assez mature? Trop naïve? Ou juste irréaliste?

Toujours est-il que 14 ans plus tard, alors que nous fêtions la nouvelle année, des amis m’ont demandé quels étaient mes objectifs de parole pour 2017. L’évocation de cette anecdote m’a fait bien rire.

J’explique. Du haut de mes 16 ans, je n’avais encore jamais vu d’adulte, ni même d’adolescent bégayer. Je pensais alors que le bégaiement était une caractéristique de la parole réservée exclusivement aux jeunes enfants timides ou aux gauchers contrariés d’une époque lointaine. Et étant une droitière naturelle ayant dépassé l’âge de cinq ans, je me demandais ce qui clochait chez moi, et surtout, pourquoi je bégayais encore. Dans mon entourage, à l’école, dans ma famille et dans les médias, les « Grandes Personnes » étaient toutes dotées d’une parole fluide. Alors logiquement, il était clair que « la chose » allait disparaître au même rythme que j’allais avoir des rides et des cheveux gris, non? Du moins, je le pensais.

Vous savez quoi? Je suis une Grande Personne. Et je bégaie encore.

En 2017, j’ai finalement trouvé des réponses à la question que mes amis m’ont posée la veille du jour de l’an : « Quels seront tes objectifs de parole pour la nouvelle année» (traduction libre). Je prône beaucoup le fait de parler ouvertement du bégaiement (advertising) mais j’avoue que je ne suis pas toujours mes propres conseils. Je l’ai souvent fait en 2015, surtout à mon retour de Baltimore. En 2016, globalement, j’ai trouvé plus difficile d’en parler et d’éduquer les gens à ce sujet. Alors en 2017, je veux être tout simplement authentique et cohérente entre ce que je dis, ce que je prône, et ce que je fais.

Finalement, en 2003, je suis allée à mon bal de finissants. J’ai pris aussi des cours de conduite. Et j’ai bégayé pendant mes exposés oraux en français, en anglais et en espagnol…ce qui ne m’a pas empêchée de m’inscrire au cégep.

Bonne année 2017 🙂

 

 

C’était en 2003

Atlanta, 2016 – L’inspiration du moment

Vous savez quoi? Je suis tellement chanceuse !

Cet été, au lieu de tout faire en mon pouvoir pour faire disparaître mon bégaiement de la carte, j’allais réaliser un rêve. Je partais pour Atlanta, afin de célébrer le bégaiement avec mes nombreux amis bègues ! Je prenais part, en juillet 2016, au congrès conjoint de la National Stuttering Association (NSA) et de l’International Stuttering Association (ISA), qui se déroulait cette année à Atlanta (GA). L’an dernier, j’avais assisté pour la première fois à un congrès de la NSA, qui se déroulait à Baltimore, et j’avais envie de renouveler l’expérience, et même d’aller plus loin. Cette année, j’allais animer une session à micro ouvert.

J’aime bien me servir du bégaiement comme prétexte pour vivre des aventures que je n’aurais pas vécu autrement, plutôt que d’en avoir honte ou de chercher à le faire disparaître ou à en « guérir ». C’est bien connu, le bégaiement ne se « guérit » pas par des séances de relaxation, des exercices de diction du genre : répéter dix fois la phrase « les chemises de l’archiduchesse sont-elles sèches ou archi sèches » ou le port de saphirs autour du cou en guise d’accessoire mode. Oui je vous jure, chers lecteurs et lectrices, quelques jours avant de prendre l’avion, je lisais sur un forum, un témoignage demandant si l’utilisation de pierres précieuses était efficace pour « guérir » du bégaiement. Je suis tombée en bas de ma chaise. Deux constats : 1-il ne faut pas croire tout ce que l’on trouve sur internet, et 2-encore en 2016, on a encore beaucoup d’éducation à faire au sujet du bégaiement.

Tout d’abord, faisons une mise au point. Souvent, les gens au Québec me demandaient : « Mais, qu’est-ce que tu vas faire à Atlanta ?! ». Je me rendais compte que très peu de gens à qui je parlais de mon voyage saisissaient réellement ce que j’allais faire là-bas, ni l’importance que mon engagement dans le monde du bégaiement représente pour moi. Je pense sincèrement qu’il faut vraiment vivre l’expérience pour en saisir toute la portée. Question d’expliquer ce que je suis venue faire à Atlanta aux gens qui ne sont pas dans mes souliers, gâtons-nous et faisons les choses en grand :

Mon séjour à Atlanta était pour moi une chance unique de :

  • Rencontrer des personnes qui bégaient provenant de partout dans le monde, de revoir des amis et de m’en faire de nouveaux ;
  • Être inspirée par les gens, par les rencontres que j’allais y faire et par l’énergie positive de l’endroit ;
  • Redonner au suivant ;
  • Voyager dans une ville où je n’étais jamais allée, et améliorer mon anglais ;
  • Prendre part à un évènement unique dont je vais me rappeler toute ma vie !

Mon séjour à Atlanta n’était donc pas :

  • Une session de réseautage professionnel (j’étais en recherche d’emploi au cours de cette période) ;
  • Un stage de fluidité du genre « Dites adieu au bégaiement en trois jours et demi et quatre étapes faciles! » (ceux qui devaient s’attendre à ce que je parle miraculeusement sans aucune trace de bégaiement dès mon retour à l’aéroport de Montréal doivent se poser de très sérieuses questions) ;
  • Une thérapie où j’allais enseigner des techniques de fluidité à des enfants bègues (je ne suis pas orthophoniste) ;
  • Une retraite zen (sans commentaires !) ;
  • Un voyage tout-inclus au soleil (le temps était gris).

Contrairement à l’an dernier, où j’avais réalisé une liste de choses à faire et de buts à accomplir lors de l’évènement à Baltimore, cette année, je n’avais pas vraiment de plan. J’avais ciblé un ou deux ateliers que je ne voulais pas manquer, mais sans plus. Pour le reste, je prévoyais plutôt suivre mon instinct et me laisser guider par l’inspiration du moment, et par les rencontres que j’allais faire sur place, dans le feu de l’action.

À mon retour d’Atlanta, je recevais, par l’entremise des médias sociaux, de nombreux messages provenant de personnes qui bégaient, qui ne pouvaient être présentes lors de l’évènement et qui souhaitaient avoir un compte-rendu du contenu des ateliers. Ça fait toujours plaisir de répondre à ces messages et de communiquer à propos du bégaiement. Il faut savoir toutefois que le volet social est très développé dans ce genre d’évènement alors je ne peux évidemment pas rapporter le contenu des nombreuses discussions que j’ai eu avec mes amis bègues. De plus, étant donné les multiples choix d’ateliers, je n’ai pu assister à tout ce qui m’intéressait. On m’a demandé également à quelques reprises en quoi consistent les nouvelles approches pour guérir du bégaiement. Je le redis puisque c’est tellement important : le bégaiement ne se « guérit » pas et ce n’est pas une maladie.

Par contre, j’ai envie de vous partager certains éléments qui m’ont marquée au cours de mon aventure.

La confiance en soi : « Bonjour, je m’appelle Emily, j’ai 15 ans, je viens du Texas…et je suis une personne qui bégaie ». Super ! J’ai vu plusieurs adolescents et jeunes adultes parler en public dans les sessions à micro ouvert, ou encore, se présenter en tant que personnes qui bégaient, et ce, même devant une salle pleine à craquer. Quand je repense à l’adolescente que j’étais à 15 ans, jamais je n’aurais osé faire cela à cette époque. Je n’avais pas la confiance en soi, le soutien social, la maturité et les connaissances que j’ai actuellement sur le bégaiement pour oser faire ce genre de démarche. Je demeure impressionnée et émue chaque fois que j’assiste à ce genre de moment. J’ai pris part à une session à micro ouvert destinée aux adolescents. Malgré le fait que je m’étais juré de rester silencieuse, je n’ai pu m’empêcher de prendre le micro pour féliciter publiquement les jeunes qui ont osé prendre la parole.

L’engagement des proches : un autre élément qui me fascine à tout coup est l’implication des parents et des familles des personnes qui bégaient, et pas seulement chez les jeunes enfants. J’ai vu plusieurs parents accompagner leurs enfants, devenus maintenant adultes, au congrès, ou prendre la parole dans les sessions à micro ouvert. Peu importe notre âge, le soutien social ou familial demeure précieux.

Les défis relevés : un ami m’a mise au défi de participer à un atelier d’improvisation. Le moins que l’on puisse dire, c’est que je me trouvais hors de ma zone de confort. Je n’avais jamais fait d’improvisation avant, et le tout se déroulait en anglais. Même si je comprends cette langue, j’ai trouvé cela difficile, puisque l’improvisation exige beaucoup de spontanéité. Par contre, l’animation de ma session à micro ouvert a été un moment magique. De nombreuses personnes qui bégaient ont pu ainsi raconter leur histoire ou partager leur témoignage devant la salle !

Pour poursuivre sur le thème des ateliers, un atelier qui m’a marqué est « Self-Advocacy 101 », animé par Jessica Giuffre. En petits groupes, les participants étaient invités à partager leurs moyens d’annoncer leur bégaiement dans diverses situations. Je suis très ouverte à nommer mon bégaiement, mais j’ai constaté que ce n’est pas du tout le cas pour tout le monde.

J’ai assisté à l’atelier « Mild Stuttering, Mild Challenges », animé par le président de l’ABC,  Jean-François Leblanc. Est-ce que notre niveau de bégaiement (léger, modéré, sévère) peut légitimer les difficultés, les défis que nous pouvons vivre en tant que personnes qui bégaient? Voilà qui a amené des réflexions pertinentes lors des discussions de groupe.

Je voulais absolument assister à l’atelier sur le bégaiement et l’écriture (The Write Way to Stutter), animé par Cameron Raynes, Katherine Preston et Barry Yeoman, trois personnes bègues dont l’écriture est au cœur de leur vie professionnelle.  L’écriture est également mon moyen de prédilection pour briser le silence sur le bégaiement, notamment en tant que rédactrice et coordonnatrice du journal Communiquer. J’aime beaucoup ce que je fais !

Je retiens également :  les nombreuses discussions passées à bégayer librement sans se sentir jugé, les « 5 à 7 » en compagnie de mes amis de l’ABC, les nombreuses rencontres de gens provenant des quatre coins du monde, les activités sociales, les soirées au restaurant ou au bar de l’hôtel (où j’ai appris quelques mots en estonien !), les échanges stimulants avec tout ce beau monde, et le banquet du samedi soir, où on se réunit une dernière fois avant de retourner chez soi, pour rapporter un brin de l’esprit de la NSA à la maison.

Je peux vous assurer que j’ai déjà hâte au prochain congrès de la NSA, qui se déroulera en juillet 2017, à Dallas, au Texas !

Atlanta, 2016 – L’inspiration du moment

Publiciser le bégaiement – sans drames! / Advertising about stuttering – without dramas!

 

  • Avez-vous déjà parlé ouvertement du bégaiement?
  • Avez-vous déjà dit à votre famille, votre conjoint (e) ou à l’école, les mots suivants : « Je bégaie »?
  • Avez-vous déjà pensé le faire? Si non, qu’est-ce qui vous retient?
  • Vous l’avez déjà fait? Super! Je vous félicite!

Je l’ai fait.

Des dizaines de fois.

Je l’ai fait dans divers contextes. Par courriel, au téléphone, face à face, devant des auditoires. Devant des membres de ma famille, des inconnus, des enseignants, des classes à l’université. Devant un serveur au restaurant avant de commander un repas. Devant des comités de sélection en entretien d’embauche.

Des dizaines de fois, je dis.

Malgré tout, ce n’est jamais évident à annoncer. Et c’est toujours un peu terrifiant.

Mais je le fais quand même. C’est tellement important. Mieux encore, c’est ma carte de visite.

De toute manière, les gens vont déjà sûrement s’en rendre compte quand je vais commencer à parler, alors pourquoi ne pas l’annoncer d’entrée de jeu, au lieu de tenter de le dissimuler à tout prix?

Qu’est-ce qui me motive à en parler?

Je repense à mes premières tentatives de parler ouvertement de mon bégaiement. Ces premiers souvenirs remontent à mes années d’études. Par exemple, à l’école secondaire, il y avait des cours où il fallait lire à voix haute devant toute la classe. La lecture à voix haute était ma bête noire, et qui plus est, n’était généralement pas un exercice noté au bulletin. Il m’est arrivé souvent, lorsqu’arrivait mon tour de lire, de refuser d’y participer. Par souci de jouer franc jeu (et d’éviter d’aller au local de retenue!),  je prenais mon courage à deux mains et j’allais voir mes professeurs à la fin du cours. Je leur disais quelque chose comme : « Si j’ai refusé de lire à voix haute tantôt, ce n’est pas par arrogance, par timidité ou par manque d’intérêt pour votre cours. Je bégaie. Lire à voix haute est difficile pour moi ».

Et voilà, tout était dit.

Je ne voulais pas que mon bégaiement soit mal interprété, par exemple, qu’il soit confondu avec de la timidité, de la nervosité mal canalisée, un manque de confiance en soi, un manque de maîtrise de mon sujet, ou tout autre stéréotype infondé. Je présentais mon bégaiement de façon simple et factuelle, car je ne voulais surtout pas que le bégaiement ne nuise à mon évaluation, par exemple, dans les exposés oraux à l’école.

Cependant, je ne me sentais pas très bien outillée pour parler du bégaiement avec mes mots d’adolescente. N’ayant jamais vraiment eu de suivi en orthophonie et ne connaissant pas de personnes qui bégaient à cette époque, je me sentais vraiment désolée d’avoir à annoncer les mots : « Je bégaie ».

Les années ont passé. Puis, en 2015, j’ai commencé à m’impliquer à l’ABC, et de fil en aiguille, j’ai été élue au conseil d’administration. J’ai rencontré plusieurs personnes qui bégaient. Je me suis fait des amis qui bégaient. J’ai réalisé de nombreuses lectures sur le bégaiement.

Tout ce cheminement m’a fait réaliser plus que jamais, la pertinence de parler ouvertement du bégaiement.  Voici pourquoi :

  • Je bégaie depuis que je suis toute petite et je bégaierai probablement toute ma vie, je vis quotidiennement avec le bégaiement. Alors je suis bien placée pour aborder la question, éduquer et informer les gens à ce sujet.
  • Il fait partie de moi. Il n’y a aucune raison de le cacher, d’en être gênée, de faire comme s’il n’existait pas, ou de faire semblant d’être née avec une parole fluide.
  • Trop de personnes qui bégaient avant moi se sont cachées ou ont tenté de le dissimuler. Si je peux, en tant que personne qui bégaie et administratrice d’une association pour personnes qui bégaient, donner l’exemple en en parlant ouvertement, pourquoi pas?
  • Finalement, j’ai envie de communiquer d’autres messages que la honte de soi, la vision négative du bégaiement et la culpabilité de bégayer. Globalement, j’ai confiance en moi et je suis fière de la personne que je suis, et ce, avec le bégaiement.

Si j’avais à donner un conseil pour en parler, ce serait d’y aller avec des faits. C’est très important. « Je bégaie » est un fait, au même titre que « J’ai les yeux bruns ». De plus, la confiance en soi est importante : le bégaiement ne change rien à notre valeur personnelle.

J’encourage toutes les personnes qui bégaient à parler de leur bégaiement. C’est à mon avis, un bel acte d’ouverture et de sincérité.

Avec les autres, mais aussi envers soi-même.


 

  • Have you ever talk openly about stuttering?
  • Have you ever say to your family, your husband/wife, or at school, the following words : “I stutter”?
  • Have you ever think to do it? If it’s not the case, why?
  • You did it? Wonderful! Congratulations.

I did it.

Dozens of times.

I did it in many contexts. In an email, on the phone, face to face, in the front of groups of people. With family members, strangers, teachers, university classrooms. With the server at the  restaurant before ordering my food. In jobs interviews.

Dozens of times, right?

Nevertheless, it’s never easy to say. And it’s always a bit scary.

But I continue to do it anyway. It’s so important. Even better, this is my trademark.

Anyway, people will notice it when I will start to speak, so why hiding it?

Why am I so motivated to talk about it?

I think of my firsts baby steps to talk openly about my stutter. Those memories are related to my school journey. For example, at secondary school, there were many classes where the students had to read out loud in the front of the classroom.  Reading out loud is hard for me, and generally, it was not evaluated! When my turn arrived, I refused many times to read out loud. Just because I wanted to be fair with my teachers (and avoiding a punishment!), I decided to meet them after the class. I told them something like : «  If I refused to read out loud in the front of the classroom, this is not because I am cocky, shy or not interested by your class. I stutter. Reading out loud is an hard task for me. »

I said what I wanted to say.

I did not want my stutter was misinterpreted. I did not want my stutter was confused with shyness, stress, lack of self-confidence, lack of work on my homeworks and lessons, or that kind of unfounded stereotype. I advertised about my stutter simply and with facts. I did not want to get bad grades at school because of my stutter, for example, in oral presentations.

However, I felt awkward to talk about my stutter with my own teenager’s words. I have not received a speech therapy, and I have not met other people who stutter. So, I was sorry to say the words “I stutter”.

Many years later, in 2015, I started to be involved with the ABC. I was elected as a member of the board of directors of this association. I met a lot of people who stutter. I made friends who stutter. I readed a lot of stuff about stuttering.

My journey made me realize, more than ever, the relevance to speak openly about stuttering. Here are the reasons :

  • I stutter since I am a little girl and I will stutter probably during my whole life. I deal with my stutter every single day of my life. So, I am well placed to talk about the question, educate and inform people about this topic.
  • It’s a part of me. So, there is no reason to hide it, to be shy of it, to act as it doesn’t exist or to pretend to have a fluent speech.
  • There is a lot of people who stutter who tries to hide it (covert stutterers), or don’t talk about it. As a member of the board of directors of an association that helps people who stutters, if I could speak openly about it, why not?
  • Finally, I want to communicate other messages than the shame of ourselves, the negative image of stuttering and the guilt of stuttering. Overall, I am proud of the person that I am, with my stutter.

My advice is to advertise with facts. It’s very important. “I stutter” is a fact, such as “My eyes are brown”. Self-confidence is also important : stuttering changes nothing to our own worth.

I would like to encourage all the people who stutter to talk openly about their stutter. This is for me a great proof of open-minding and candor.

With other people, but also with ourselves.

 

Publiciser le bégaiement – sans drames! / Advertising about stuttering – without dramas!

Pourquoi travailler sur soi quand on peut travailler avec les autres?

Pourquoi travailler sur soi quand on peut travailler avec les autres?

Il y a des conversations typiques sur le bégaiement, que j’ai eues des dizaines de fois dans ma vie, qui m’énervent.

Des conversations avec l’ami d’un ami, avec la tante que l’on voit une fois par année dans le temps des Fêtes, ou avec un inconnu.

Des conversations où on me dit : Tu sais, Audrey, je connais quelqu’un qui a déjà bégayé il y a très, très longtemps. Le beau-frère de l’ami du coloc de mon cousin bégayait quand il était enfant. Mais il ne bégaie plus maintenant! Il a travaillé TELLEMENT fort pour vaincre son problème. Quand on veut, on peut, il faut juste faire des efforts pour s’en sortir!

(Soupir exaspéré)

Suis-je la seule qui est mal à l’aise par ce genre de propos? Suis-je la seule qui n’aime pas cette allusion à la paresse, aux efforts ou à la volonté? Suis-je la seule qui se culpabilise?

C’est quoi cette association entre le fait de « travailler fort sur sa parole », ce qui permettrait, dans la mentalité populaire, de parler de façon totalement fluide?

Et dites-moi… ça veut dire quoi, au juste, « travailler fort sur sa parole »?

  • Lire à voix haute pendant 30 minutes par jour, tous les jours, même en vacances, le jour de notre anniversaire et à Noël?
  • Encore mieux, une heure par jour? Une heure et demie par jour? Est-ce que ce sera suffisant?
  • Parler avec un accent qui n’est pas le mien, avec un rythme de métronome ou chanter mes mots pendant une conversation entre amis? Bonjour la spontanéité et le naturel!
  • Se priver de dessert au souper en guise de punition si l’on a bégayé sur plus de 10 mots au cours de la journée?

Cessons de culpabiliser sur notre parole! On n’a pas besoin de ce sentiment.

La société me dit : Oui mais Audrey… Tu n’as jamais vu d’orthophoniste, de psychothérapeute, d’hypnotiseur, de magnétiseur ou de thérapeute énergétique avec des chakras pour te débarrasser de ton bégaiement… Et tu ne veux pas te lever à 5 heures du matin pour faire des exercices de respiration et de lecture à voix haute avec des bouchons de liège dans la bouche avant d’aller travailler? L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt! C’est quoi dans une vie, se lever aux aurores pour avoir l’assurance d’avoir une parole parfaitement fluide et exempte de toute trace de bégaiement? Fais une femme de toi!

Je vais vous dire un secret : quand j’étais plus jeune, je pensais que lire des livres à voix haute m’aiderait à moins bégayer. Pendant quelques années, je me suis soumise à ce rituel, tous les jours. Quelques années plus tard, vous savez quoi? Je bégayais toujours! J’ai donc mis fin, du jour au lendemain à cet exercice pénible qui me faisait perdre mon temps. Je me suis sentie libérée d’un poids énorme.

Il y a 3 ans, j’ai terminé mes études et j’ai commencé à travailler de jour. J’ai maintenant, quel bonheur, des soirées libres. J’ai enfin du temps pour moi, pour « avoir une vie ».

La société me dit : Oui mais Audrey…Au lieu d’avoir une vie, comme tu dis, tu devrais plutôt utiliser tes soirées de façon constructive et rentabiliser chaque minute de ton temps! C’est-à-dire, travailler avec acharnement sur ton bégaiement, pour le faire disparaître! Allez hop, au boulot!

Mais au-delà de la gestion de mon temps, ma devise dans le merveilleux monde du bégaiement est : « Pourquoi travailler sur soi quand on peut travailler avec les autres? ».

Je pense de cette manière, puisque j’ai choisi mes batailles. Je ne me bats plus contre mon propre bégaiement, je me bats plutôt pour la démystification du bégaiement dans la société. J’estime que c’est plus rentable.

1% de la population adulte bégaie, sans distinction de cultures, de langues ou de classes sociales. Et on est au 21e siècle dans une époque axée sur les communications, les médias sociaux, la science et l’information. Je trouve donc inacceptable que le bégaiement soit aussi mal connu dans la société.

Je pense qu’il y a tout un travail de démystification, de sensibilisation à effectuer autour du bégaiement. Il faut améliorer l’image du bégaiement dans la société. Rendre le bégaiement acceptable et accepté. C’est pour moi un objectif à long terme. Un travail de longue haleine et en constante évolution, qui nécessite une patience à toute épreuve et une détermination sans failles. Un travail d’équipe. Heureusement, je ne suis pas seule à y consacrer temps et énergie.

Il en reste encore beaucoup à faire. Malgré tout, j’ai de l’espoir pour l’avenir des personnes qui bégaient, pour les enfants qui bégaieront et pour les générations à venir. Le temps où le bégaiement était considéré comme une faute, une tare, un péché ou la marque du diable est loin derrière nous, heureusement.

Sur ce, plutôt que de m’autoflageller car je n’ai pas fait 30 minutes de lecture à voix haute ce matin, je vais me féliciter de tout mon travail acharné accompli dans le merveilleux monde du bégaiement.

Pourquoi travailler sur soi quand on peut travailler avec les autres?

L’année 2015! / The year 2015!

La fin de l’année 2015 – et le début de la nouvelle année 2016 m’ont inspirée cet article.

À l’aube de l’année 2015, je commençais tout juste à m’impliquer dans le Merveilleux Monde du Bégaiement. Même si je voulais continuer sur cette lancée, sans trop savoir où ça allait me mener, j’étais loin de me douter de ce que 2015 allait me réserver. Ce fut une année très riche en projets et implications de toutes sortes!

Voici donc un bilan de dix évènements heureux (top 10) qui se sont déroulés pour moi, dans le Monde du Bégaiement – pas dans un ordre particulier.

En 2015, j’ai…

1- Participé à l’organisation d’une Journée-rencontre sur le bégaiement en français;

2- Lancé mon blogue Advertising Stories;

3- Participé au congrès de la National Stuttering Association à Baltimore (une aventure inoubliable!!!);

4- Commencé à m’impliquer au conseil d’administration de l’Association des bègues du Canada;

5- Été panéliste en anglais dans un évènement sur le bégaiement à Toronto, organisé par la Canadian Stuttering Association;

6- Donné une conférence sur le bégaiement et la persévérance aux études;

7- Collaboré à un épisode du podcast Stuttering is cool avec une capsule humoristique sur la démystification du bégaiement;

8 Accru ma présence sur les médias sociaux en lien avec le bégaiement  (Facebook, Twitter…);

9- Osé parler librement du bégaiement;

10- Créé des liens avec des personnes fantastiques!!;

Et maintenant, quels sont mes projets pour 2016? Je veux tout simplement continuer à m’impliquer, participer à d’autres évènements sur le bégaiement, que ce soit au Québec, au Canada ou ailleurs dans le monde (Atlanta, here I come!!). Je veux rencontrer des personnes qui bégaient, saisir toutes les opportunités et tous les moyens que j’ai pour communiquer sur le bégaiement. Pas pour promouvoir une fluidité exemplaire à tout prix, mais pour démystifier le bégaiement, sensibiliser, et surtout, en parler de façon positive. Oui, on peut être heureux avec le bégaiement.

Merci à mes lecteurs, à tous mes amis qui partagent cette aventure avec moi. Une heureuse année 2016 à tous 🙂

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The end of the year 2015, and the new year 2016 inspired me this article.

When the year 2015 started, I just began to be involved in the Wonderful World of Stuttering. I wanted to continue to stay active, but at that moment, I didn’t expect to have a year 2015 full of projects, opportunities and new meetings! 2015 was an amazing year, a turning point for me.

This is a « top 10 » of my best moments/achievements/events in 2015, in the Wonderful World of Stuttering – Not in a particular order.

In 2015…

1- I co-organized a meetup day about stuttering in French;

2-I launched my blog Advertising stories;

3- I went to the National Stuttering Association Conference in Baltimore (an unforgettable adventure!!);

4- I started to be involved in the board of directors of the Association des bègues du Canada;

5- I was a panelist in English about stuttering in a event organized by the Canadian Stuttering Association, in Toronto;

6- I gave a speech about stuttering and school persistence;

7-I collaborated on an episode of the podcast Stuttering is Cool, with an humorous report about stuttering myths;

8- I was more involved on social medias related to stuttering (Facebook, Twitter…) ;

9- I talked freely about stuttering ;

10- I met fantastic people and friends!!! ;

What are my projects for the new year? I just want to continue my involvement, participate in stuttering events, in Québec, Canada and elsewhere in the world (Atlanta here I come!!). I want to meet people who stutter, communicate about stuttering as often as possible. Not for promoting a perfect fluency, but for demystify stuttering and talk about it in a positive way. It’s possible to be happy with stuttering.

Thanks to all my readers, and to all my friends who share this journey with me. Happy new year to everyone 🙂

 

 

 

 

 

L’année 2015! / The year 2015!