Publiciser le bégaiement – sans drames! / Advertising about stuttering – without dramas!

 

  • Avez-vous déjà parlé ouvertement du bégaiement?
  • Avez-vous déjà dit à votre famille, votre conjoint (e) ou à l’école, les mots suivants : « Je bégaie »?
  • Avez-vous déjà pensé le faire? Si non, qu’est-ce qui vous retient?
  • Vous l’avez déjà fait? Super! Je vous félicite!

Je l’ai fait.

Des dizaines de fois.

Je l’ai fait dans divers contextes. Par courriel, au téléphone, face à face, devant des auditoires. Devant des membres de ma famille, des inconnus, des enseignants, des classes à l’université. Devant un serveur au restaurant avant de commander un repas. Devant des comités de sélection en entretien d’embauche.

Des dizaines de fois, je dis.

Malgré tout, ce n’est jamais évident à annoncer. Et c’est toujours un peu terrifiant.

Mais je le fais quand même. C’est tellement important. Mieux encore, c’est ma carte de visite.

De toute manière, les gens vont déjà sûrement s’en rendre compte quand je vais commencer à parler, alors pourquoi ne pas l’annoncer d’entrée de jeu, au lieu de tenter de le dissimuler à tout prix?

Qu’est-ce qui me motive à en parler?

Je repense à mes premières tentatives de parler ouvertement de mon bégaiement. Ces premiers souvenirs remontent à mes années d’études. Par exemple, à l’école secondaire, il y avait des cours où il fallait lire à voix haute devant toute la classe. La lecture à voix haute était ma bête noire, et qui plus est, n’était généralement pas un exercice noté au bulletin. Il m’est arrivé souvent, lorsqu’arrivait mon tour de lire, de refuser d’y participer. Par souci de jouer franc jeu (et d’éviter d’aller au local de retenue!),  je prenais mon courage à deux mains et j’allais voir mes professeurs à la fin du cours. Je leur disais quelque chose comme : « Si j’ai refusé de lire à voix haute tantôt, ce n’est pas par arrogance, par timidité ou par manque d’intérêt pour votre cours. Je bégaie. Lire à voix haute est difficile pour moi ».

Et voilà, tout était dit.

Je ne voulais pas que mon bégaiement soit mal interprété, par exemple, qu’il soit confondu avec de la timidité, de la nervosité mal canalisée, un manque de confiance en soi, un manque de maîtrise de mon sujet, ou tout autre stéréotype infondé. Je présentais mon bégaiement de façon simple et factuelle, car je ne voulais surtout pas que le bégaiement ne nuise à mon évaluation, par exemple, dans les exposés oraux à l’école.

Cependant, je ne me sentais pas très bien outillée pour parler du bégaiement avec mes mots d’adolescente. N’ayant jamais vraiment eu de suivi en orthophonie et ne connaissant pas de personnes qui bégaient à cette époque, je me sentais vraiment désolée d’avoir à annoncer les mots : « Je bégaie ».

Les années ont passé. Puis, en 2015, j’ai commencé à m’impliquer à l’ABC, et de fil en aiguille, j’ai été élue au conseil d’administration. J’ai rencontré plusieurs personnes qui bégaient. Je me suis fait des amis qui bégaient. J’ai réalisé de nombreuses lectures sur le bégaiement.

Tout ce cheminement m’a fait réaliser plus que jamais, la pertinence de parler ouvertement du bégaiement.  Voici pourquoi :

  • Je bégaie depuis que je suis toute petite et je bégaierai probablement toute ma vie, je vis quotidiennement avec le bégaiement. Alors je suis bien placée pour aborder la question, éduquer et informer les gens à ce sujet.
  • Il fait partie de moi. Il n’y a aucune raison de le cacher, d’en être gênée, de faire comme s’il n’existait pas, ou de faire semblant d’être née avec une parole fluide.
  • Trop de personnes qui bégaient avant moi se sont cachées ou ont tenté de le dissimuler. Si je peux, en tant que personne qui bégaie et administratrice d’une association pour personnes qui bégaient, donner l’exemple en en parlant ouvertement, pourquoi pas?
  • Finalement, j’ai envie de communiquer d’autres messages que la honte de soi, la vision négative du bégaiement et la culpabilité de bégayer. Globalement, j’ai confiance en moi et je suis fière de la personne que je suis, et ce, avec le bégaiement.

Si j’avais à donner un conseil pour en parler, ce serait d’y aller avec des faits. C’est très important. « Je bégaie » est un fait, au même titre que « J’ai les yeux bruns ». De plus, la confiance en soi est importante : le bégaiement ne change rien à notre valeur personnelle.

J’encourage toutes les personnes qui bégaient à parler de leur bégaiement. C’est à mon avis, un bel acte d’ouverture et de sincérité.

Avec les autres, mais aussi envers soi-même.


 

  • Have you ever talk openly about stuttering?
  • Have you ever say to your family, your husband/wife, or at school, the following words : “I stutter”?
  • Have you ever think to do it? If it’s not the case, why?
  • You did it? Wonderful! Congratulations.

I did it.

Dozens of times.

I did it in many contexts. In an email, on the phone, face to face, in the front of groups of people. With family members, strangers, teachers, university classrooms. With the server at the  restaurant before ordering my food. In jobs interviews.

Dozens of times, right?

Nevertheless, it’s never easy to say. And it’s always a bit scary.

But I continue to do it anyway. It’s so important. Even better, this is my trademark.

Anyway, people will notice it when I will start to speak, so why hiding it?

Why am I so motivated to talk about it?

I think of my firsts baby steps to talk openly about my stutter. Those memories are related to my school journey. For example, at secondary school, there were many classes where the students had to read out loud in the front of the classroom.  Reading out loud is hard for me, and generally, it was not evaluated! When my turn arrived, I refused many times to read out loud. Just because I wanted to be fair with my teachers (and avoiding a punishment!), I decided to meet them after the class. I told them something like : «  If I refused to read out loud in the front of the classroom, this is not because I am cocky, shy or not interested by your class. I stutter. Reading out loud is an hard task for me. »

I said what I wanted to say.

I did not want my stutter was misinterpreted. I did not want my stutter was confused with shyness, stress, lack of self-confidence, lack of work on my homeworks and lessons, or that kind of unfounded stereotype. I advertised about my stutter simply and with facts. I did not want to get bad grades at school because of my stutter, for example, in oral presentations.

However, I felt awkward to talk about my stutter with my own teenager’s words. I have not received a speech therapy, and I have not met other people who stutter. So, I was sorry to say the words “I stutter”.

Many years later, in 2015, I started to be involved with the ABC. I was elected as a member of the board of directors of this association. I met a lot of people who stutter. I made friends who stutter. I readed a lot of stuff about stuttering.

My journey made me realize, more than ever, the relevance to speak openly about stuttering. Here are the reasons :

  • I stutter since I am a little girl and I will stutter probably during my whole life. I deal with my stutter every single day of my life. So, I am well placed to talk about the question, educate and inform people about this topic.
  • It’s a part of me. So, there is no reason to hide it, to be shy of it, to act as it doesn’t exist or to pretend to have a fluent speech.
  • There is a lot of people who stutter who tries to hide it (covert stutterers), or don’t talk about it. As a member of the board of directors of an association that helps people who stutters, if I could speak openly about it, why not?
  • Finally, I want to communicate other messages than the shame of ourselves, the negative image of stuttering and the guilt of stuttering. Overall, I am proud of the person that I am, with my stutter.

My advice is to advertise with facts. It’s very important. “I stutter” is a fact, such as “My eyes are brown”. Self-confidence is also important : stuttering changes nothing to our own worth.

I would like to encourage all the people who stutter to talk openly about their stutter. This is for me a great proof of open-minding and candor.

With other people, but also with ourselves.

 

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